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Travaux sur une parcelle en EBC (Espaces Boisés Classés)

28 avr.
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

Vous possédez un terrain classé en « espace boisé classé »


Posséder un terrain classé en espace boisé classé (EBC) peut fortement limiter les possibilités de construction, d’extension ou même de coupe d’arbres, et conduire à des refus de permis ou de déclarations préalables.


Le classement en EBC, prévu par le code de l’urbanisme (notamment les articles L. 113-1 et suivants, anciennement L. 130-1), constitue une servitude d’urbanisme destinée à préserver les boisements existants ou à créer de nouveaux boisements, au nom de l’intérêt général.


Cet article présente, à partir des textes et de la jurisprudence disponibles dans les documents fournis :

  • les règles applicables aux EBC (interdictions, possibilités de travaux, effets du classement) ;


  • les démarches à suivre avant de réaliser des travaux (vérification du PLU, demandes d’autorisation, procédures particulières) ;


  • les recours en cas de refus et les risques encourus en cas de travaux non autorisés.



1. Qu’est‑ce qu’un espace boisé classé (EBC) ?


1.1. Un classement décidé par le PLU


Les plans locaux d’urbanisme (PLU) peuvent « classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu’ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenants ou non à des habitations ».


Ce classement peut aussi viser :

  • des arbres isolés ;

  • des haies ou réseaux de haies ;

  • des plantations d’alignement.


La jurisprudence admet de manière constante que le classement n’est pas subordonné à l’existence d’un boisement : un terrain non boisé peut être classé, dès lors qu’un boisement est prévu ou qu’il existe à proximité et que le classement vise à en permettre le développement.


Le PLU doit faire apparaître graphiquement les EBC dans ses documents graphiques (article R. 151‑31 du code de l’urbanisme).


Attention : si le document graphique classe une parcelle en EBC, mais que le règlement du PLU indique « néant » à la rubrique « espaces boisés classés », la servitude d’EBC n’est pas juridiquement opposable.


1.2. Un outil de protection très large


Le classement en EBC peut concerner :


  • des terrains de toute superficie, y compris de petite taille ;


  • des terrains partiellement boisés ou même non totalement plantés ;


  • des boisements de qualité médiocre ou composés d’arbres fruitiers : la qualité du boisement n’est pas un critère de protection.


Il peut même s’appliquer à des terrains qui ne présentent pas le caractère d’une forêt ou d’un bois, pourvu que l’objectif de protection ou de création de boisement soit poursuivi.


2. Effets concrets du classement : ce que vous pouvez (ou non) faire


2.1. Interdiction de principe de changer l’affectation ou l’occupation du sol


Le classement en EBC prohibe tout changement d’affectation ou tout mode d’occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements (article L. 113‑1 du code de l’urbanisme, ancien L. 130‑1).


Conséquences pratiques :

  • certaines constructions nouvelles peuvent être refusées si elles compromettent la conservation ou la création des boisements ;


  • des travaux d’extension ou d’aménagement peuvent être soumis à un examen particulièrement strict au regard de cet objectif.


En revanche, le Conseil d’État a jugé qu’un classement en EBC n’interdit pas, par principe, toute construction : l’autorité doit apprécier concrètement si le projet compromet ou non la conservation ou la protection de l’espace boisé.


2.2. Coups de hache et tronçonneuse : coupes et abattages d’arbres


Dans les EBC, les coupes et abattages d’arbres sont en principe soumis à déclaration préalable (article R*. 421‑23, g) du code de l’urbanisme), sauf enlèvement des arbres dangereux, chablis et bois morts.


Par ailleurs, dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où un plan d’urbanisme a été prescrit, ainsi que dans tout EBC, coupes et abattages sont soumis à déclaration ou autorisation, l’autorité administrative pouvant :


  • accorder ou refuser en fonction des nécessités de protection des boisements ;

  • ou surseoir à statuer si l’opération risque de compromettre l’exécution du futur plan.


Le juge exerce un contrôle étendu sur les refus d’autorisation de coupe fondés sur ces dispositions.


2.3. Défrichement et autorisation de défrichement


Le classement en EBC entraîne, nonobstant toute disposition contraire, le rejet de plein droit de la demande d’autorisation de défrichement prévue par l’article L. 341‑1 du code forestier (article L. 113‑2 du code de l’urbanisme).


Autrement dit, tant que la parcelle est classée en EBC, une autorisation de défrichement ne peut pas être légalement accordée, sauf déclassement ou procédure spécifique de construction sur une partie du terrain (cf. infra).


3. Demandes de travaux ou de permis sur une parcelle classée en EBC


3.1. Le maire ne peut pas refuser automatiquement


Le Conseil d’État a jugé qu’il ne suffit pas que le terrain soit en EBC pour refuser une autorisation de travaux ou un permis. L’autorité doit vérifier si les travaux sont effectivement « de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements ».


Dans l’affaire « Ven » (CE, 31 mars 2010, n° 310774), le Conseil d’État a censuré un jugement qui avait considéré que le maire était « tenu » de s’opposer à des travaux sur une habitation située dans un EBC, sans rechercher si ces travaux compromettaient ou non la conservation de l’espace boisé.


Concrètement, pour un projet d’extension limitée ou d’aménagement léger, il est possible de soutenir que :

  • le projet préserve la majorité des arbres ;

  • il n’affecte pas la structure du boisement ;

  • il s’accompagne de mesures compensatoires (replantations, etc.).


3.2. Contenu de la demande de permis ou de déclaration


La demande de permis de construire doit comporter un ensemble d’informations obligatoires : identité du demandeur, localisation et superficie du terrain, nature des travaux, destination des constructions, surface de plancher, etc. (article R*. 431‑5 du code de l’urbanisme).


Même en EBC, le dossier doit être complet et précis, afin de permettre à la commune d’apprécier l’impact du projet sur les boisements.


3.3. Cas particulier : construire sur une petite partie d’un grand terrain classé


Le code de l’urbanisme prévoit un mécanisme spécifique : l’autorisation de construire, par décret, sur une partie d’un terrain classé en EBC, en contrepartie de la cession gratuite du surplus à la collectivité.


  • L’article L. 113‑3, 2° permet à l’État d’« accorder au propriétaire une autorisation de construire sur une partie du terrain classé n’excédant pas un dixième de la superficie dudit terrain, à titre de compensation de la cession du surplus ».


  • L’article L. 113‑4 prévoit que cette autorisation est donnée par décret, compatible avec le SCOT, et subordonnée à l’accord des communes concernées.


La procédure, détaillée aux articles R. 113‑3 à R. 113‑13, est lourde :


  • dépôt d’une demande au préfet, avec pièces (titre de propriété, plans, état des plantations, étude d’impact) ;

  • consultation des finances publiques, des communes (accord réputé refusé au bout de 4 mois) ;

  • transmission au ministre chargé de l’urbanisme et décret pris sur rapport de plusieurs ministres ;

  • cession gratuite du surplus à la collectivité, qui doit aménager et entretenir le terrain dans l’intérêt du public.


Ce décret prononce le déclassement de la partie constructible, tient lieu d’autorisation de défrichement pour cette partie, et fixe les possibilités de construction.


4. Recours en cas de refus d’autorisation


4.1. Contrôle du juge administratif


En cas de refus de permis ou de déclaration de travaux motivé par le classement en EBC, le juge exerce un contrôle normal : il vérifie si l’autorité a correctement apprécié si le projet compromettait ou non la conservation, la protection ou la création des boisements.


Il peut annuler un refus fondé :

  • soit sur une mauvaise interprétation des règles du PLU ;

  • soit sur l’idée erronée que le classement en EBC interdirait automatiquement toute construction.


Le juge peut également, plus généralement, enjoindre à l’administration de délivrer une autorisation d’urbanisme lorsque l’annulation d’un refus implique nécessairement qu’elle soit accordée (articulation des articles L. 911‑1 du code de justice administrative et L. 424‑3 du code de l’urbanisme).


4.2. Contestation du classement lui‑même


Le classement en EBC résulte du PLU. Il peut être contesté dans le cadre d’un recours contre le PLU (ou sa révision), en démontrant par exemple :

  • une erreur manifeste d’appréciation sur la nature du terrain ;

  • ou une incompatibilité avec d’autres documents d’urbanisme (sous réserve de la jurisprudence qui admet une certaine latitude de la commune).


Toutefois, la jurisprudence montre que les juges admettent un large pouvoir d’appréciation aux communes pour classer des terrains en EBC, y compris non boisés ou de faible superficie.


5. Risques et sanctions en cas de travaux non autorisés


5.1. Infractions aux règles d’urbanisme


La violation des règles applicables aux EBC (coupes non autorisées, constructions sans permis conforme, etc.) est susceptible de constituer une infraction au code de l’urbanisme, notamment aux articles L. 160‑1 et L. 480‑4.


Les sanctions pénales prévues à l’article L. 480‑4 peuvent être lourdes (amendes, voire peines complémentaires), et le tribunal peut ordonner la publication du jugement de condamnation dans deux journaux régionaux ou locaux, ainsi que son affichage.


La jurisprudence a déjà relevé des concours d’infractions en matière de coupes et abattages d’arbres non autorisés dans des zones soumises au régime des EBC.


5.2. Absence de privation de propriété, mais restrictions importantes


Le Conseil d’État a jugé que les dispositions de l’ancien article L. 130‑1 (devenu L. 113‑1) du code de l’urbanisme, qui instaurent la servitude d’EBC, n’emportent pas privation du droit de propriété, mais seulement des limites à son exercice, justifiées par l’intérêt général et proportionnées à l’objectif de préservation des boisements.


Par ailleurs, l’institution d’une servitude d’EBC n’ouvre pas droit au « droit de délaissement » prévu par les articles L. 230‑1 et suivants du code de l’urbanisme : le propriétaire ne peut pas imposer à la collectivité de racheter son terrain du seul fait du classement.


6. Erreurs à éviter et précautions à prendre


6.1. Erreurs fréquentes


  • Commencer des travaux sans vérifier le PLU : ne pas identifier un classement en EBC peut conduire à des infractions graves (coupes, terrassements, constructions).


  • Penser que toute construction est interdite : un refus fondé uniquement sur le classement, sans analyse de l’impact réel, peut être illégal et contestable.


  • Négliger la déclaration préalable pour les coupes et abattages : même des interventions apparemment mineures peuvent être soumises à déclaration.


  • Ignorer la possibilité d’une autorisation de construire par décret sur une petite partie du terrain en contrepartie d’une cession gratuite du surplus, lorsque les conditions sont réunies.


6.2. Bonnes pratiques


  • Consulter attentivement le PLU (règlement + documents graphiques) pour vérifier :

    • si la parcelle est classée en EBC ;

    • si le règlement contient effectivement des dispositions relatives aux EBC (et non « néant »).


  • Constituer un dossier solide pour toute demande de permis ou de travaux, en mettant en avant les éléments qui montrent que le projet ne compromet pas la conservation des boisements (maintien d’arbres, replantations, emprise limitée, etc.).


  • Envisager, pour les grands terrains, la procédure d’autorisation par décret (art. L. 113‑3 et L. 113‑4) lorsque l’objectif est de construire sur une fraction limitée du terrain, en acceptant la cession gratuite du surplus.


  • En cas de refus, analyser soigneusement la motivation et, le cas échéant, exercer un recours en soulignant que l’autorité doit démontrer en quoi le projet compromet la conservation, la protection ou la création des boisements.


Conclusion – Agir avec prudence et méthode sur un terrain classé en EBC


Un terrain classé en espace boisé classé reste constructible dans certaines limites, mais il est soumis à un régime particulièrement protecteur : interdiction de tout changement d’affectation ou mode d’occupation du sol compromettant la conservation ou la création des boisements, rejet de plein droit des autorisations de défrichement, déclaration préalable pour les coupes et abattages, et sanctions pénales en cas de non‑respect.


Toute démarche de travaux ou de construction doit donc commencer par une analyse précise du PLU, suivie d’une stratégie juridique adaptée (demande de permis argumentée, éventuelle procédure de construction sur une partie du terrain, ou recours contre un refus jugé excessif).


Face aux enjeux financiers, environnementaux et pénaux, il est fortement recommandé de faire examiner le dossier par un professionnel du droit de l’urbanisme, afin de sécuriser le projet, d’identifier les marges de manœuvre offertes par le régime des EBC et, si nécessaire, de mettre en œuvre les recours appropriés contre les décisions de refus ou contre le classement lui‑même.


Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.


Pour en savoir plus


Des travaux sur une parcelle classée doivent être appréciés au regard du projet précis et des protections locales. Pour approfondir l’analyse du terrain et les recours après refus, consultez :



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