Composition pénale en urbanisme : une alternative aux poursuites ?
- 5 mai 2025
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Dernière mise à jour : 29 avr.
Quand un « simple » chantier devient un dossier pénal.
Travaux commencés sans permis de construire, construction non conforme au plan local d’urbanisme (PLU), poursuite de travaux malgré un arrêté interruptif : ces situations relèvent du droit pénal de l’urbanisme et peuvent conduire devant le tribunal correctionnel, avec à la clé amendes, remise en état forcée, voire démolition.
Avant d’en arriver là, le procureur de la République dispose toutefois d’un outil : la composition pénale, prévue à l’article 41-2 du Code de procédure pénale, qui permet, sous conditions, d’éviter des poursuites en échange de mesures acceptées et exécutées par l’auteur des faits.
Cet article présente, dans le contexte des infractions au Code de l’urbanisme, le fonctionnement de la composition pénale, ses avantages et ses risques, ainsi que les démarches pratiques à connaître.

1. Les situations d’urbanisme concernées
1.1. Infractions typiques au Code de l’urbanisme
Les infractions d’urbanisme visent notamment :
Les travaux sans autorisation : exécution de travaux soumis à permis de construire ou à déclaration préalable sans avoir obtenu cette autorisation.
Les travaux non conformes à l’autorisation : construction ou aménagement réalisés en méconnaissance des prescriptions du permis ou du PLU (gabarit, implantation, destination, etc.).
La poursuite des travaux malgré un retrait, une annulation ou un sursis à exécution du permis, ou malgré un arrêté interruptif de travaux.
L’utilisation des sols ou des constructions en violation du PLU, par exemple l’affectation de bâtiments à un usage interdit par le plan (usage artisanal ou industriel en zone non autorisée).
Ces comportements sont réprimés, notamment, par les articles L. 610-1 et L. 480-4 du Code de l’urbanisme, qui sanctionnent l’exécution de travaux ou l’utilisation du sol en méconnaissance des règles ou sans permis.
1.2. Nature continue de certaines infractions
Les infractions d’urbanisme sont souvent qualifiées de continues : elles se prolongent tant que les travaux se poursuivent ou que la situation irrégulière perdure.
Cette continuité justifie que le procureur puisse chercher une solution rapide et efficace de régularisation ou de remise en état, plutôt qu’un long procès : c’est dans ce contexte que la composition pénale peut être envisagée.
2. Qu’est-ce que la composition pénale en matière d’urbanisme ?
2.1. Une mesure alternative aux poursuites
La composition pénale est une mesure alternative aux poursuites : tant que l’action publique n’a pas été mise en mouvement, le procureur de la République peut proposer à l’auteur des faits d’accepter certaines mesures (amende, obligations, etc.) en échange de l’absence de poursuites devant le tribunal.
Selon l’article 41-2 du Code de procédure pénale, la composition pénale est possible pour :
les délits punis à titre principal d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement d’une durée inférieure ou égale à cinq ans ;
ainsi que, sous conditions, certaines contraventions.
Or, de nombreuses infractions d’urbanisme entrent dans cette catégorie, ce qui permet au procureur d’utiliser la composition pénale dans ce domaine.
2.2. Rôle central du procureur de la République
Le procureur de la République :
apprécie l’opportunité des poursuites (principe posé par l’article 40 du Code de procédure pénale) ;
peut décider, au lieu de poursuivre, de proposer une composition pénale, ou d’autres mesures prévues à l’article 41-1 (par exemple demander à l’auteur des faits de régulariser sa situation).
La proposition de composition pénale :
émane du procureur, directement ou par l’intermédiaire d’un délégué, d’un médiateur ou d’un officier de police judiciaire ;
doit être écrite, signée par le procureur et préciser la nature des faits, leur qualification juridique et les mesures proposées.
3. Conditions et déroulement de la composition pénale
3.1. Conditions de fond
Pour qu’une composition pénale soit envisageable :
L’action publique ne doit pas encore être mise en mouvement (pas encore de citation devant le tribunal, ni de renvoi).
La personne doit reconnaître avoir commis les faits (reconnaissance de l’infraction).
L’infraction doit être éligible : délit puni d’une peine d’amende ou d’emprisonnement ≤ 5 ans, ou contravention dans le champ de la composition.
En matière d’urbanisme, ces conditions sont fréquemment remplies (infractions aux articles L. 610-1, L. 480-4, etc.).
3.2. Droits de la personne mise en cause
La personne à qui est proposée une composition pénale :
est informée de son droit à se faire assister par un avocat avant de donner son accord ;
bénéficie d’un délai de réflexion de 10 jours pour accepter ou refuser la proposition ;
son accord est recueilli dans un procès-verbal, dont une copie lui est remise, mentionnant les faits, la qualification, les mesures et les délais d’exécution.
Ces garanties visent à assurer un consentement libre et éclairé.
3.3. Rôle du juge : validation obligatoire
Si l’auteur des faits accepte la composition :
le procureur doit saisir le président du tribunal judiciaire (ou un juge délégué) aux fins de validation ;
le juge peut entendre l’auteur des faits et, le cas échéant, la victime ;
le juge valide ou rejette la composition, sans pouvoir la modifier.
En cas de validation, les mesures prévues peuvent être exécutées ; en cas de rejet, la composition devient caduque et le procureur retrouve sa liberté de poursuite.
4. Les mesures proposées en composition pénale en urbanisme
4.1. Amende de composition
Le procureur peut proposer une amende de composition, dont :
le montant est fixé dans la limite du montant maximal de l’amende encourue pour l’infraction ;
il est déterminé en fonction de la gravité des faits et des ressources et charges de la personne ;
le paiement peut être échelonné sur une période maximale d’un an.
Cette amende se distingue de l’amende prononcée par un tribunal, mais elle doit, comme toute sanction pécuniaire, rester proportionnée aux faits et à la situation de l’auteur.
4.2. Obligations de remise en état ou de régularisation
En matière d’urbanisme, la composition pénale peut utilement intégrer :
l’engagement de régulariser la situation au regard des règles d’urbanisme (dépôt d’un permis de construire modificatif, mise en conformité avec le PLU, etc.) ;
l’accomplissement de travaux de remise en état ou de démolition partielle, lorsque la régularisation est impossible.
Même si ces mesures sont, en principe, de la compétence du juge pénal lorsqu’il statue sur le fond (articles L. 480-5, L. 480-7 du Code de l’urbanisme), le procureur peut, dans le cadre de la composition, conditionner la non-poursuite à une remise en état volontaire et encadrée dans le temps.
5. Effets juridiques et limites de la composition pénale
5.1. Effet principal : extinction de l’action publique
L’exécution intégrale de la composition pénale entraîne l’extinction de l’action publique :
aucune poursuite pénale ne peut plus être engagée pour les mêmes faits ;
l’affaire ne sera pas jugée par un tribunal correctionnel.
Cette extinction rapproche la composition pénale d’une « solution définitive » sur le plan pénal, à condition que l’auteur respecte tous ses engagements (paiement de l’amende, réalisation des travaux, etc.).
5.2. Inscription au casier judiciaire
La composition pénale exécutée :
fait l’objet d’une inscription au bulletin n° 1 du casier judiciaire ;
cette inscription n’est pas visible sur les bulletins n° 2 ou n° 3, mais peut avoir des conséquences dans certains contextes professionnels sensibles (fonction publique, marchés publics, etc.).
Cette conséquence doit être prise en compte dans l’appréciation globale de l’opportunité d’accepter la composition.
5.3. Limites et risques
La composition pénale présente plusieurs limites :
elle n’efface pas d’éventuelles conséquences civiles ou administratives (actions de voisins, contentieux administratif, mesures administratives de contrainte de l’autorité d’urbanisme, etc.) ;
elle suppose une reconnaissance des faits, ce qui peut être délicat dans les dossiers où la qualification même de l’infraction est discutée ;
elle ne permet pas toujours d’éviter une remise en état coûteuse, dès lors que les travaux litigieux sont irréguliers et non régularisables.
6. Avantages, risques et conséquences en cas de refus ou de non‑exécution
6.1. Avantages pour l’auteur des travaux
Éviter un procès pénal et une condamnation par jugement.
Maîtriser les délais : la composition pénale est généralement plus rapide qu’une procédure correctionnelle classique.
Négocier un cadre clair de régularisation ou de remise en état, en lien avec le procureur.
6.2. Risques et inconvénients
Reconnaissance de l’infraction : elle ferme la porte à certains moyens de défense qui auraient pu être invoqués devant le tribunal.
Inscription au casier (B1), pouvant avoir un impact dans certains parcours professionnels.
Coût cumulé : amende de composition + frais de travaux de mise en conformité ou de démolition.
6.3. Refus de la composition pénale
Si la personne refuse la composition :
le procureur peut décider de mettre en mouvement l’action publique (citation devant le tribunal, comparution, etc.) ;
le dossier suit alors la voie classique, avec un risque de peine d’amende plus élevée, voire d’autres sanctions, et de mesures de remise en état ordonnées par le juge (démolition, astreinte, etc., sur le fondement de l’article L. 480-5 du Code de l’urbanisme).
6.4. Non-exécution de la composition pénale
Si la personne :
accepte la composition,
mais n’exécute pas intégralement les mesures (amende non payée, travaux non réalisés dans les délais),
le procureur mettra en mouvement l’action publique, sauf élément nouveau.
La personne s’expose alors :
à un procès pénal ;
à des sanctions potentiellement plus lourdes que la composition initialement proposée ;
à des mesures de remise en état imposées par le juge, éventuellement assorties d’astreintes.
7. Démarches pratiques et stratégie de défense
7.1. Réagir dès la constatation de l’infraction
Dès la réception d’un procès-verbal d’infraction ou d’une convocation, il est crucial de :
analyser la régularité de la procédure et la réalité de l’infraction (nature des travaux, régime d’autorisation, conformité au PLU, dates, etc.) ;
évaluer les possibilités de régularisation (permis modificatif, déclaration, changement de destination autorisé, etc.) ;
Cette analyse est déterminante pour apprécier si une composition pénale est opportune ou s’il est préférable de plaider devant le tribunal.
7.2. Se faire assister pour négocier la composition
Face à une proposition de composition pénale :
l’assistance d’un avocat permet de vérifier la proportionnalité de l’amende et des obligations, au regard des faits et de la situation financière de l’auteur ;
il est possible de discuter avec le procureur, via l’avocat, sur le contenu des mesures (montant, délais, modalités de remise en état), dans la limite de ce que le procureur accepte.
L’objectif est de rechercher un équilibre entre la sécurité juridique (éviter un procès) et la maîtrise des coûts financiers et techniques.
8. Conclusion – Agir vite et de manière éclairée
La composition pénale constitue, en matière d’urbanisme, une alternative réelle aux poursuites pour des situations telles que la construction sans autorisation, la non-conformité au PLU ou la poursuite de travaux irréguliers.
Elle permet, sous le contrôle du procureur puis du juge, d’éviter un procès pénal et d’encadrer la remise en état ou la régularisation, au prix d’une reconnaissance des faits, du paiement d’une amende et d’une inscription au casier (B1).
Avant d’accepter ou de refuser une composition pénale, il est essentiel :
de comprendre précisément les infractions reprochées et leurs conséquences possibles ;
d’évaluer les solutions de régularisation ou de remise en état techniquement et financièrement envisageables ;
de mesurer l’impact d’une inscription au casier et des coûts associés à la composition.
En pratique, la meilleure démarche consiste à faire analyser rapidement la situation et la proposition de composition pénale par un professionnel du droit, afin de choisir, en connaissance de cause, entre l’acceptation de cette mesure alternative et la défense du dossier devant le tribunal.
Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.
Pour plus d’informations sur ces problématiques, consultez notre page dédiée à l'URBANISME et plus précisément au droit PENAL DE L'URBANISME.


