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Infraction d’urbanisme à Toulon : comment utiliser la CRPC pour éviter un procès correctionnel

  • 5 mai
  • 10 min de lecture

Introduction : urbanisme, pénal et « plaider coupable » à la française


À Toulon comme ailleurs, une construction sans permis de construire, des travaux non conformes au permis obtenu ou en violation du PLU (plan local d’urbanisme) peuvent mener devant le tribunal correctionnel.


Depuis près de 20 ans, la CRPC – comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, souvent appelée « plaider coupable », offre une voie alternative au procès classique pour de nombreux délits, y compris en matière d’urbanisme.


La CRPC permet, sous conditions, de négocier une peine avec le procureur, puis de la faire homologuer par un juge, sans audience correctionnelle classique.


En matière d’urbanisme, cette procédure est d’autant plus intéressante que la loi a été modifiée pour permettre au juge d’ordonner, dans ce cadre, des mesures de mise en conformité ou de démolition (article L. 480-5 du code de l’urbanisme) qui, auparavant, ne pouvaient pas être prononcées en CRPC.



1. Qu’est-ce que la CRPC en droit pénal de l’urbanisme ?


1.1. Définition générale de la CRPC


La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), instaurée par la loi n° 2004‑204 du 9 mars 2004, est une procédure particulière de jugement des délits prévue aux articles 495‑7 à 495‑16 du code de procédure pénale.


Elle permet au procureur de la République de proposer à une personne majeure, qui reconnaît les faits et leur qualification pénale, une ou plusieurs peines, sans passer par un procès correctionnel classique.


Caractéristiques essentielles :

  • elle ne concerne que des délits (pas les contraventions seules, ni les crimes) ;

  • la personne doit reconnaître les faits et accepter la qualification retenue par le parquet ;


  • le procureur propose une peine (emprisonnement, amende, etc.), dans certaines limites (emprisonnement maximum égal à la moitié de la peine encourue, sans dépasser un an) ;


  • un juge (président du tribunal judiciaire ou magistrat délégué) doit homologuer la proposition pour qu’elle devienne une condamnation.


La CRPC est donc un mode de poursuite qui vise à gagner du temps judiciaire et à aboutir à des peines souvent moins lourdes et plus adaptées, en contrepartie de la reconnaissance rapide de culpabilité.


1.2. Application aux infractions d’urbanisme


Les infractions d’urbanisme (constructions sans permis, travaux non conformes, violation du PLU…) sont des délits punis notamment par les articles L. 480‑4 et L. 610‑1 du code de l’urbanisme.


  • La procédure de composition pénale (mesure alternative aux poursuites) couvre déjà expressément les infractions « en matière d’urbanisme relatives aux constructions sans permis ou sans déclaration préalable ».


  • La CRPC, procédure de jugement des délits, a un champ d’application encore plus large : depuis la loi n° 2011‑1862 du 13 décembre 2011, elle est applicable à tous les délits, sauf quelques exceptions (notamment certains délits d’atteintes à l’intégrité des personnes et délits sexuels graves).


Il en résulte que les délits d’urbanisme (L. 480‑4, L. 610‑1 C. urb.) entrent dans le champ de la CRPC.


2. Quelles infractions d’urbanisme sont concernées ?


2.1. Construction sans permis ou sans déclaration


Sont notamment visés par l’article L. 480‑4 du code de l’urbanisme :


  • les travaux réalisés sans permis de construire alors qu’il est requis ;

  • les travaux réalisés sans déclaration préalable alors qu’elle est obligatoire ;

  • les constructions poursuivies malgré une décision de suspension du permis, etc.


La doctrine et la pratique pénale rappellent que les infractions en matière d’urbanisme relatives aux constructions sans permis ou sans déclaration préalable entrent dans le champ des procédures simplifiées (composition pénale, et par extension CRPC qui couvre tous les délits).


Exemple concret à Toulon :


Un particulier édifie un agrandissement de 40 m² de sa maison sur les hauteurs de Toulon, sans avoir déposé de permis de construire. Un contrôle de la police municipale et un procès-verbal sont transmis au parquet. Le procureur peut décider de le poursuivre pour construction sans permis (L. 480‑4 C. urb.) et lui proposer une CRPC avec amende et obligation de régulariser ou de démolir.


2.2. Non-respect du permis de construire ou du PLU


Outre l’absence d’autorisation, sont également réprimés :


  • les travaux réalisés en méconnaissance de l’autorisation délivrée (non-respect du permis de construire ou du permis d’aménager) ;


  • les travaux réalisés en violation des dispositions du PLU ou d’un plan d’occupation des sols, sur le fondement de l’article L. 610‑1 du code de l’urbanisme, qui renvoie aussi à l’article L. 480‑4.


La jurisprudence pénale admet que la construction sans permis ou en violation des prescriptions d’un permis peut constituer simultanément une infraction au PLU, donnant lieu à deux déclarations de culpabilité (L. 480‑4 et L. 610‑1 C. urb.), dès lors que les intérêts protégés sont distincts.


Exemple concret :


À La Valette-du-Var, un propriétaire obtient un permis pour construire une maison de 2 logements, mais réalise en réalité 3 logements, ce qui modifie le nombre de places de stationnement exigées par le PLU. Il peut être poursuivi pour :

  • construction non conforme au permis (L. 480‑4 C. urb.) ;

  • violation du PLU (L. 610‑1 C. urb.).


Même si la commune n’a pas contesté la conformité dans le délai de trois mois après la déclaration d’achèvement (art. L. 462‑2 C. urb.), cela n’empêche pas les poursuites pénales.


3. Comment se déroule une CRPC en matière d’urbanisme ?


3.1. Décision du parquet de recourir à la CRPC


Après le dépôt du procès-verbal d’infraction d’urbanisme (par le maire ou les services de l’État), le procureur de la République dispose de plusieurs options : classement sans suite, composition pénale, CRPC, saisine du juge d’instruction, citation directe devant le tribunal correctionnel.


Les instructions ministérielles recommandent notamment, pour les délits sérieux d’urbanisme, de recourir à la CRPC lorsque l’intéressé reconnaît les faits.


3.2. Phase de proposition : le « plaider coupable » devant le procureur


La CRPC se déroule en deux grandes phases.


  1. Phase devant le procureur de la République

    • La personne est convoquée ou déférée devant le parquet pour CRPC.


    • Elle doit être assistée d’un avocat (l’avocat peut être commis d’office si nécessaire).


    • Le procureur rappelle les faits et leur qualification pénale (ex. : exécution de travaux sans permis de construire et en violation du PLU).


    • Si la personne reconnaît les faits et accepte la qualification, le procureur lui propose une ou plusieurs peines :

      • amende (souvent calculée en tenant compte du prix du m² dans le secteur, de la gravité de l’atteinte, etc.) ;


      • peine d’emprisonnement (éventuellement aménageable), dans la limite de la moitié de la peine encourue et au maximum un an ;


      • autres peines prévues par le code pénal (travail d’intérêt général, interdictions, etc.).


    Depuis la loi Climat et résilience, le procureur peut également intégrer dans son projet de peine la perspective de mesures de mise en conformité ou de démolition qui seront demandées au juge sur le fondement de l’article L. 480‑5 du code de l’urbanisme.


  2. Acceptation ou refus par la personne poursuivie


    • La personne, conseillée par son avocat, peut accepter ou refuser la proposition.


    • En cas d’accord, le procureur saisit le juge pour homologation.


3.3. Phase d’homologation par le juge


La seconde phase est une audience d’homologation devant un juge du siège.


  • Le juge tient une audience publique, entend la personne et son avocat.


  • Il exerce un double contrôle :

    • contrôle de légalité (respect des textes, proportion entre la peine proposée et la peine encourue, compétence de la juridiction, etc.) ;

    • contrôle d’opportunité (adéquation de la peine à la gravité des faits et à la personnalité de l’auteur).


  • Il peut :

    • homologuer la proposition : il rend alors une ordonnance d’homologation qui a les effets d’un jugement de condamnation ;


    • refuser l’homologation : le procureur devra alors saisir le tribunal correctionnel ou requérir l’ouverture d’une information judiciaire.


Depuis la modification de l’article L. 480‑5 du code de l’urbanisme, le juge peut, dans le cadre de la CRPC, ordonner les mesures de :

  • mise en conformité de la construction ;

  • ou démolition des ouvrages irréguliers ;


    comme il le ferait à l’issue d’un procès classique, y compris en CRPC ou en ordonnance pénale.


4. Effets de la CRPC en urbanisme : peine négociée, mais vraie condamnation


4.1. Nature et portée de la condamnation


L’ordonnance d’homologation rendue en CRPC :


  • a les effets d’un jugement de condamnation ;


  • est exécutoire (amende, emprisonnement, obligations particulières, etc.) ;


  • peut faire l’objet d’un appel (comme un jugement correctionnel).


En matière d’urbanisme, en cas de condamnation sur le fondement des articles L. 480‑4 et L. 610‑1 du code de l’urbanisme, le juge pénal peut, via l’article L. 480‑5, ordonner :

  • la mise en conformité des constructions ;

  • ou leur démolition ;


    désormais même lorsque la condamnation est prononcée selon la procédure de CRPC.


4.2. Inscription au casier judiciaire


La condamnation issue d’une CRPC figure au casier judiciaire comme toute condamnation pénale, avec les conséquences possibles :

  • impact sur les demandes d’agrément, d’autorisations administratives, marchés publics, etc. ;

  • prise en compte en cas de récidive ultérieure.


La doctrine souligne que, même si la CRPC permet souvent des peines moins lourdes, elle n’est pas une « absence de condamnation » : c’est un jugement de culpabilité simplifié.


5. Avantages de la CRPC en matière d’urbanisme


5.1. Une peine souvent plus adaptée et négociée


La CRPC permet, en pratique :


  • de discuter le quantum de la peine avec le procureur (montant de l’amende, éventuelle peine d’emprisonnement, modalités d’exécution) ;


  • d’obtenir des peines plus rapides et souvent moins sévères que celles encourues devant le tribunal après un débat contradictoire, la procédure ayant été conçue pour favoriser des sanctions « plus efficientes ».


Pour les dossiers d’urbanisme, cela peut permettre de :

  • limiter le montant de l’amende en tenant compte de la valeur du bien et des capacités financières ;


  • négocier des délais pour la mise en conformité ou la démolition ;


  • éviter la publicité d’un procès correctionnel classique.


5.2. Gain de temps et maîtrise du risque


La CRPC répond à un objectif de désengorgement des tribunaux et de gain de temps judiciaire.


Pour la personne poursuivie :

  • la procédure est plus rapide qu’un procès (pas d’audiences multiples, délais plus courts) ;


  • le risque pénal est mieux maîtrisé, car la peine est connue à l’avance et acceptée, au lieu d’être laissée à l’appréciation totale du tribunal ;


  • les conséquences sur le projet immobilier peuvent être anticipées (régularisation, modification du projet, vente, etc.).


6. Limites et risques de la CRPC en urbanisme


6.1. Nécessité de reconnaître les faits et la qualification


La CRPC n’est possible que si la personne :


  • reconnaît les faits ;

  • accepte la qualification pénale retenue par le parquet (par exemple : exécution de travaux sans permis de construire et en violation du PLU).


Si la personne conteste :

  • avoir réalisé les travaux ;

  • ou le caractère infractionnel des travaux (par exemple en soutenant l’existence d’un permis tacite ou la conformité au PLU),

    la CRPC n’est pas adaptée.


En urbanisme, les questions de validité du permis, de régularisation possible, de conformité au PLU ou à un plan de prévention des risques (PPRN) sont parfois complexes : il peut être risqué de reconnaître trop vite une infraction sans analyse juridique approfondie.


6.2. Une vraie condamnation, avec démolition ou mise en conformité possibles


Comme indiqué, la CRPC débouche sur une condamnation pénale avec inscription au casier, et le juge peut ordonner :

  • la mise en conformité ;

  • ou la démolition des ouvrages irréguliers, sur le fondement de l’article L. 480‑5 du code de l’urbanisme, y compris en CRPC depuis la loi Climat et résilience.


Pour un propriétaire ou un promoteur, la démolition peut représenter un coût considérable et un bouleversement total du projet immobilier.


6.3. Que se passe-t-il en cas de refus de la CRPC ?


En cas de refus :


  • soit par la personne poursuivie qui n’accepte pas la peine proposée ;

  • soit par le juge qui refuse d’homologuer la proposition ;

le procureur doit alors :

  • citer devant le tribunal correctionnel ; ou

  • requérir l’ouverture d’une information judiciaire (instruction).


Les risques en cas de refus :


  • le tribunal, saisi ensuite, n’est pas lié par la proposition initiale du procureur ; il peut prononcer une peine plus lourde, dans la limite du maximum légal (amende plus élevée, emprisonnement plus long, démolition plus systématique, etc.) ;


  • la procédure sera plus longue, plus publique et plus coûteuse (frais d’avocat, expertises éventuelles) ;


  • les associations de protection de l’environnement, les voisins ou la commune peuvent se constituer parties civiles et demander des dommages-intérêts et des mesures de remise en état plus étendues.


Refuser une CRPC peut néanmoins être justifié lorsque :


  • la réalité de l’infraction est sérieusement contestable (permis valable, erreur de droit, changement de réglementation, etc.) ;


  • les mesures de démolition ou de mise en conformité envisagées sont disproportionnées au regard de la situation.


D’où l’importance d’une analyse stratégique par un avocat maîtrisant à la fois le droit pénal et le droit de l’urbanisme.


7. Pourquoi se faire assister par un avocat en urbanisme à Toulon ?


Les infractions d’urbanisme mêlent :


  • droit pénal (procédure, CRPC, peines, casier judiciaire) ;


  • droit de l’urbanisme (permis de construire, PLU, PPRN, régularisation, mise en conformité, démolition).


Un avocat en urbanisme à Toulon pourra notamment :


  • analyser la régularité de la procédure pénale (procès-verbal, délais, qualification des faits) et les marges de manœuvre (classement, composition pénale, CRPC, procès) ;


  • vérifier la légalité de votre permis ou de votre déclaration, la conformité de vos travaux au PLU ou à un PPRN, et les possibilités de régularisation (nouvelle demande de permis, modification du projet) ;


  • vous conseiller sur l’opportunité d’accepter ou de refuser une CRPC en fonction des risques encourus et des chances de succès devant le tribunal ;


  • négocier avec le procureur le contenu de la peine proposée (montant de l’amende, délais de mise en conformité, modalités d’exécution) ;


  • préparer l’audience d’homologation pour présenter votre situation personnelle, vos efforts de régularisation et obtenir la peine la plus adaptée possible ;


  • vous assister ensuite pour la mise en conformité ou la démolition exigée par l’ordonnance, en lien avec les services d’urbanisme de la commune.


Conclusion


En cas d’infraction d’urbanisme à Toulon (construction sans permis, travaux non conformes, violation du PLU), la CRPC peut être un outil efficace pour éviter un procès correctionnel long et incertain, obtenir une peine négociée et maîtriser les conséquences de la procédure, y compris en termes de mise en conformité ou de démolition.


Mais la CRPC reste une vraie condamnation pénale, inscrite au casier, avec des enjeux financiers et patrimoniaux parfois considérables.


Face à une convocation pour CRPC ou à un procès-verbal d’infraction d’urbanisme dans le secteur de Toulon, il est donc essentiel de contacter sans délai un avocat en urbanisme à Toulon, afin d’être conseillé, d’évaluer l’opportunité d’accepter la CRPC et de négocier au mieux la procédure et la peine qui vous seront proposées.


Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.


Pour plus d’informations sur ces problématiques, consultez notre page dédiée à l'URBANISME et plus précisément au droit PENAL DE L'URBANISME.


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