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Achat immobilier à Toulon : que faire si votre notaire a commis une erreur ?

  • 5 mai
  • 11 min de lecture

Quand on signe un compromis ou un acte de vente à Toulon, on pense surtout au financement, au déménagement, aux travaux… rarement à l’hypothèse où le notaire aurait pu se tromper. Pourtant, il arrive que des acquéreurs découvrent, après la vente, un problème juridique ou pratique : terrain inconstructible, bail non révélé, servitude oubliée, charges imprévues, garantie mal prise, etc.


Dans ces situations, la question est simple : pouvez-vous engager la responsabilité du notaire et obtenir une indemnisation ? Pour y répondre, il faut comprendre son rôle, les contours de son devoir de conseil, les conditions de sa responsabilité (faute, préjudice, lien de causalité) et les démarches possibles pour faire valoir vos droits.



1. Le rôle du notaire dans une vente immobilière : bien plus qu’un « simple rédacteur »


1.1. Un « conseil désintéressé » et un rédacteur impartial


Le notaire est défini comme le « conseil désintéressé des parties aussi bien que rédacteur impartial de leurs volontés ».


Concrètement, son rôle est de :

  • sécuriser juridiquement l’opération (validité de l’acte, conformité aux règles d’urbanisme, de copropriété, de fiscalité, etc.) ;


  • informer les parties sur la portée de leurs engagements et les risques liés à l’opération ;


  • proposer, le cas échéant, des montages ou options plus adaptés (conditions suspensives, garanties, sûretés, choix fiscaux, etc.).


L’objectif de ce devoir de conseil est d’aider le client à contracter en toute connaissance de cause et à faire des choix éclairés.


1.2. Un devoir de conseil très large


Le domaine de l’obligation de conseil du notaire est décrit comme « extrêmement vaste » : il porte sur toute information ou tout risque susceptible de modifier, même partiellement, le consentement des parties.


Exemples tirés de la jurisprudence :


  • ne pas informer un acquéreur que le terrain est inconstructible engage la responsabilité du notaire ;


  • ne pas vérifier l’étendue exacte des droits du vendeur, permettant la dissimulation d’un bail, constitue une faute à l’égard de l’acquéreur ;


  • ne pas attirer l’attention sur l’impossibilité de donner un bien en location, même si l’acquéreur est un professionnel de l’immobilier, engage la responsabilité du notaire.


Le notaire doit informer sur la portée générale et le danger global de l’opération, mais aussi sur des risques particuliers, très factuels, qui varient d’un dossier à l’autre.


1.3. Un devoir de conseil qui s’applique à tous les clients, même « avertis »


Le notaire est tenu à ce devoir quelles que soient les capacités personnelles du client (profane ou professionnel, investisseur expérimenté, marchand de biens, avocat, voire notaire lui-même).


Les textes rappellent notamment que :


  • la compétence ou l’expérience du client ne dispense jamais le notaire de son obligation de conseil ;


  • cette compétence peut seulement être prise en compte pour apprécier une éventuelle faute du client venant réduire l’indemnisation (partage de responsabilité) ;


  • le notaire doit donner un conseil intelligible, concret : il ne peut se contenter de signaler un risque de manière vague, sans l’expliquer.


2. Faute du notaire : dans quels cas sa responsabilité peut être engagée ?


Pour engager la responsabilité civile du notaire, il faut d’abord identifier une faute : manquement à son devoir d’information, de conseil, ou à ses vérifications habituelles.


2.1. Défaut d’information ou de conseil


Le notaire commet une faute lorsqu’il n’informe pas suffisamment ses clients sur :


  • les caractéristiques juridiques du bien (bail en cours, servitude, droit de préemption, indivision, hypothèques, etc.) ;


  • les règles d’urbanisme (terrain inconstructible, lotissement irrégulier, affectation non conforme à l’usage projeté) ;


  • les risques financiers ou fiscaux de l’opération (absence de garantie de paiement, renonciation à une sûreté, régime fiscal moins favorable alors qu’un autre était possible, etc.).


Exemples donnés par les sources :

  • omission d’informer des risques à ne pas insérer une condition suspensive de prêt pour un marchand de biens ;

  • absence de mise en garde sur un paiement à terme sans garantie pour la cession d’un fonds de commerce ;

  • défaut d’alerte sur l’inaliénabilité de locaux professionnels ou commerciaux ;

  • absence de conseil sur les conséquences fiscales d’un acte, même entre confrères notaires.


2.2. Vérifications insuffisantes


La responsabilité du notaire peut être retenue s’il n’a pas procédé aux vérifications nécessaires, par exemple :


  • vérifier l’étendue exacte des droits du vendeur (existence d’un bail, d’un usufruit, d’une indivision…) ;


  • vérifier la situation de l’immeuble au regard des règles d’urbanisme (lotissement, constructibilité, autorisations, etc.) ;


  • vérifier la situation hypothécaire et les garanties à inscrire ;


  • vérifier certains éléments matériels ou documentaires lorsque ceux-ci conditionnent l’efficacité de l’acte (par exemple, identification précise des parcelles).


Le notaire doit connaître l’ensemble du droit positif applicable à la date de son intervention et se tenir informé de son évolution ; il ne peut se retrancher derrière l’idée qu’une réforme ultérieure n’était pas prévisible, sauf si la question était réellement controversée et qu’il a informé ses clients de cette incertitude.


2.3. Information sur les risques prévisibles


Le notaire doit informer les clients des risques prévisibles pour un notaire diligent, mais pas des événements totalement imprévisibles.


Ainsi, il n’a pas à :

  • anticiper la disparition d’un fonds de garantie ou une évolution ultérieure du droit non encore amorcée ;


  • prévoir une jurisprudence qui n’existe pas encore, sauf s’il existe déjà une controverse connue, auquel cas il doit signaler cette incertitude.


3. Préjudice : quel dommage peut être indemnisé ?


3.1. Un préjudice « certain et actuel »


Pour obtenir des dommages-intérêts, il ne suffit pas de démontrer une faute du notaire : il faut aussi prouver un préjudice certain et actuel.


La jurisprudence rappelle que :

  • le simple fait qu’un notaire ait manqué à son devoir d’assurer l’efficacité de l’acte n’implique pas automatiquement un préjudice ;


  • les juges ne peuvent pas condamner le notaire sans caractériser un préjudice indemnisable ;


  • c’est à l’acheteur (ou vendeur) qui agit contre le notaire de prouver l’existence de ce préjudice.


Certaines restitutions ou sommes ne constituent pas, en elles-mêmes, un préjudice indemnisable :


  • par exemple, la restitution d’un prix à la suite d’une annulation de vente ou d’une réduction estimatoire ne constitue pas, à elle seule, un dommage réparable à la charge du notaire ;


  • de même, des sommes perçues indûment par le demandeur et restituées ne sont pas un préjudice indemnisable pour lui.


En revanche, peuvent constituer des préjudices indemnisables :


  • les frais engagés inutilement (frais de notaire, diagnostics, études, honoraires divers) liés à une opération finalement annulée ou inadaptée ;


  • la perte de chance de renoncer à l’opération, de négocier un meilleur prix, d’investir dans un projet plus avantageux, ou d’obtenir le paiement de sa créance au moment de la vente ;


  • les frais de procédure rendus nécessaires pour tenter de limiter les conséquences de la faute du notaire (par exemple, procès engagé pour sauver une promesse mal rédigée).


3.2. Responsabilité non subsidiaire : vous n’êtes pas obligé d’attaquer d’abord les autres


La responsabilité du notaire n’est pas subsidiaire : il ne peut pas exiger que la victime engage d’abord toutes les actions possibles contre des tiers (vendeur, acquéreur, syndic, banque…) avant d’agir contre lui.


La Cour de cassation a jugé, par exemple, qu’un :

  • propriétaire d’un bien vendu sans son accord, dont le prix a été versé à un tiers sur la base de faux documents, peut agir directement contre le notaire, sans devoir d’abord demander l’annulation de la vente ou prouver l’insolvabilité du tiers ;


  • vendeur à qui le notaire a réglé, sans son accord, l’opposition du syndic au titre de charges de copropriété, peut aussi agir directement contre le notaire.


Toutefois, lorsqu’il s’agit de garanties ou de recours spécifiques (co-emprunteur, caution, droit de suite hypothécaire), la jurisprudence considère parfois que le préjudice n’est pas encore « actuel » tant que ces recours n’ont pas été exercés, sauf insolvabilité démontrée ou faute principale du notaire.


4. Lien de causalité : relier la faute du notaire à votre dommage


Même si la faute et le préjudice sont établis, il faut encore démontrer un lien de causalité direct entre la faute et le dommage.


4.1. La preuve du lien de causalité


C’est au demandeur d’apporter la preuve que sans la faute du notaire, le dommage ne se serait pas produit ou aurait été moindre.


La responsabilité du notaire est écartée notamment lorsque :


  • le dommage se serait produit de toute façon, même s’il avait correctement informé le client ;


  • l’acquéreur ou le vendeur aurait pris la même décision même en étant parfaitement informé ;


  • le préjudice découle exclusivement d’un choix ou d’un risque pris en toute connaissance de cause par le client (par exemple, s’engager malgré une information claire sur un risque identifié).


À l’inverse, le lien de causalité est reconnu lorsque :


  • la faute du notaire (mauvaise interprétation de clauses, mention inexacte, omission d’un risque) a entraîné des procédures ou des condamnations que le client n’aurait pas subies sans cette faute ;


  • l’acquéreur a perdu une chance réelle de renoncer à l’achat, de négocier le prix ou de se tourner vers un autre projet.


4.2. Rôle de la faute (éventuelle) de l’acheteur ou du vendeur


Si le client a lui-même commis une faute (imprudence, engagement disproportionné, méconnaissance volontaire d’un risque), cela peut conduire à :


  • une exonération partielle du notaire, avec partage de responsabilité selon la part de causalité de chaque faute ;


  • exceptionnellement, une exonération totale si le client connaissait déjà parfaitement l’information qu’il reproche au notaire de ne pas lui avoir donnée.


Mais la jurisprudence insiste : la faute du client ne dispense pas le notaire de son devoir de conseil, sauf comportement frauduleux ou dolosif du client lui-même.


5. Comment prouver la faute, le préjudice et le lien de causalité ?


5.1. Répartition de la charge de la preuve


Les textes précisent la répartition suivante :


  • au notaire de prouver qu’il a bien exécuté son obligation d’information et de conseil (par exemple, par des courriers, mentions précises dans l’acte, rendez-vous explicatifs) ;


  • au demandeur (acquéreur, vendeur, banque…) de prouver :

    • l’existence d’un préjudice ;

    • et le lien de causalité entre ce préjudice et la faute du notaire.


Le juge ne peut pas refuser d’indemniser un préjudice dont il constate l’existence au motif que les preuves fournies seraient insuffisantes sur le montant ; il doit alors évaluer ce montant de façon non hypothétique (parfois en retenant une perte de chance).


5.2. Importance de l’expertise et des pièces techniques


Dans la pratique, une expertise (amiable ou judiciaire) joue souvent un rôle déterminant pour :


  • établir la réalité d’un vice (par exemple, superficie réelle inférieure, inconstructibilité, désordres, impossibilité d’usage projeté) ;


  • chiffrer le préjudice (coût des travaux, perte de valeur, perte de chance, frais exposés) ;


  • éclairer le juge sur le caractère fautif ou non du comportement du notaire au regard des usages professionnels.


La Cour de cassation a rappelé que le juge ne peut pas refuser d’examiner un rapport d’expertise amiable, dès lors qu’il est régulièrement versé aux débats, soumis à la discussion contradictoire et corroboré par d’autres éléments de preuve.


Par ailleurs, l’expert qui donne un avis erroné par négligence peut lui-même voir sa responsabilité engagée sur le fondement de l’ancien article 1382 du Code civil (devenu article 1240).


6. Quels recours contre un notaire en cas d’erreur lors d’un achat immobilier à Toulon ?


6.1. Action en responsabilité civile contre le notaire


Si vous estimez que votre notaire a commis une faute ayant causé un préjudice, vous pouvez engager une action en responsabilité civile fondée sur l’article 1240 du Code civil (ancien article 1382).


Cette action vise à obtenir la réparation intégrale du dommage : frais, pertes subies, perte de chance, etc., dans la limite de ce qui est directement causé par la faute du notaire.


Le notaire est couvert par une assurance responsabilité civile professionnelle, qui prend en charge l’indemnisation en cas de condamnation.


6.2. Délai de prescription : 5 ans à compter de la découverte du dommage


L’action en responsabilité notariale est soumise à la prescription quinquennale de droit commun (article 2224 du Code civil).


Le délai de 5 ans court :

  • non pas nécessairement à compter de la signature ou de la publication de l’acte ;


  • mais à compter du jour où la victime a connu ou aurait dû connaître :

    • le dommage,

    • le fait générateur (la faute notariale),

    • l’auteur du dommage,

    • et le lien de causalité entre dommage et faute.


Ainsi, l’action peut être recevable plus de 5 ans après la vente si le dommage (par exemple, un droit contesté par un tiers, une décision administrative défavorable) n’est apparu que plus tard.


Des décisions récentes précisent que :


  • lorsque le préjudice résulte de la reconnaissance d’un droit contesté au profit d’un tiers, le délai court à compter de la décision devenue irrévocable ;


  • lorsque le préjudice naît d’une décision administrative (mise en conformité, refus, etc.), le délai ne court qu’une fois cette décision devenue définitive, en l’absence de recours.


6.3. Indemnisation possible : quels types de dommages ?


Selon les cas, vous pouvez solliciter :


  • le remboursement de frais liés à la vente (frais d’acte, diagnostics, études, etc.) devenus inutiles ;


  • l’indemnisation d’une perte de chance :

    • de renoncer à l’acquisition,

    • de négocier un prix plus bas,

    • de choisir un autre montage ou un autre bien,

    • d’être payé au moment de la vente si vous êtes créancier ;


  • la prise en charge de frais de procédure engagés pour tenter de limiter les conséquences de la faute du notaire ;


  • éventuellement, la réparation d’une baisse de valeur du bien si elle est directement liée au manquement (ex. impossibilité d’usage prévu, restriction juridique non révélée).


En revanche, certaines sommes (comme la simple restitution d’un prix entre vendeur et acquéreur) ne peuvent pas être automatiquement répercutées sur le notaire sans démonstration d’un préjudice autonome.


7. Exemple concret : comment cela peut-il se traduire pour un acheteur à Toulon ?


Imaginons plusieurs situations typiques :


  1. Terrain inconstructible non signalé


    • Vous achetez un terrain à Toulon pour y construire une maison.


    • Après la vente, vous découvrez que le terrain est inconstructible au regard du PLU.


    • Si le notaire n’a pas vérifié les documents d’urbanisme ou ne vous a pas clairement informé de cette inconstructibilité, sa responsabilité peut être engagée.


    • Votre préjudice peut consister en une perte de chance de renoncer à l’achat ou d’acheter à moindre prix, ainsi que les frais de l’opération devenue inutile.


  2. Bail ou servitude non révélés


    • Vous achetez un appartement occupé, mais vous n’avez pas été correctement informé de l’existence d’un bail rural ou d’une servitude limitant l’usage.


    • La faute du notaire peut être retenue s’il n’a pas vérifié ou expliqué ces éléments.


    • Le préjudice peut être une perte de chance de négocier ou de renoncer, voire des frais supplémentaires liés à des procédures.


  3. Garantie mal prise ou oubliée


    • Vous vendez un bien avec paiement échelonné, sans que le notaire ne vous alerte sur l’absence de garantie (hypothèque, privilège, caution) ; l’acquéreur ne paie pas.


    • Le notaire peut être jugé fautif pour défaut de conseil sur la sécurisation du prix.


    • Votre préjudice peut être la perte de chance d’être payé ou de refuser la vente à ces conditions.


Dans chacune de ces hypothèses, il faut analyser précisément : la faute, le préjudice, le lien de causalité, et souvent recourir à une expertise ou à un avocat pour bâtir un dossier solide.


8. Pourquoi se faire assister par un avocat en droit immobilier à Toulon ?


Face à un problème impliquant un notaire (ou plusieurs notaires) dans une vente immobilière, la situation est souvent technique et fortement documentée (actes, pièces d’urbanisme, échanges de mails, diagnostics, expertises…).


Un avocat en droit immobilier à Toulon pourra notamment :


  • analyser l’acte de vente et les pièces annexes pour identifier les manquements éventuels du notaire (défaut de conseil, vérifications insuffisantes, clauses ambiguës, etc.) ;


  • apprécier la réalité et l’étendue de votre préjudice (y compris sous l’angle de la perte de chance) ;


  • vérifier la prescription applicable et le point de départ du délai ;


  • vous accompagner dans la mise en œuvre d’une expertise amiable ou judiciaire ;


  • engager, si nécessaire, une action en responsabilité contre le notaire et son assureur pour obtenir une indemnisation adaptée.


Si vous avez acheté ou vendu un bien immobilier à Toulon et que vous suspectez une erreur ou un manquement de votre notaire, il est essentiel de faire rapidement analyser votre dossier. N’hésitez pas à contacter un avocat en droit immobilier à Toulon pour défendre vos intérêts et envisager les recours possibles.


Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.


Pour plus d’informations sur ces problématiques, consultez notre page dédiée à l'IMMOBILIER, et plus précisément aux VENTES IMMOBILIERES.


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