top of page

Les enjeux juridiques de la construction : ce qu’il faut savoir avant de construire

  • 3 oct. 2024
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 avr.

Construire, un projet enthousiasmant… mais juridiquement risqué.


Construire une maison, agrandir un bâtiment existant, transformer un local en habitation ou édifier un immeuble d’entreprise : tous ces projets engagent des enjeux juridiques importants, bien au‑delà du seul permis de construire.


Autorisations d’urbanisme, choix du contrat et des intervenants, assurances obligatoires, garanties légales, responsabilité en cas de malfaçons ou de non‑conformité : une erreur à l’une de ces étapes peut conduire à un refus de permis, à l’impossibilité de vendre, à une démolition judiciaire ou à un coût de reprise très élevé non couvert par l’assurance.


Cet article présente, de manière structurée et accessible, les principales règles à connaître avant d’ouvrir un chantier, les obligations des acteurs (maître d’ouvrage, constructeur, assureurs) et les précautions indispensables pour sécuriser votre opération.



1. Autorisations d’urbanisme : un préalable incontournable


1.1. Permis, déclaration préalable : pourquoi ils sont essentiels


Les travaux de construction, d’extension, de surélévation, certains changements de destination et même des aménagements extérieurs sont soumis, selon leur importance, à permis de construire ou à déclaration préalable.


L’autorisation d’urbanisme n’est pas une simple formalité :

  • elle conditionne la légalité de la construction au regard du plan local d’urbanisme (PLU) et des autres règles (risques, monuments historiques, sites protégés, etc.) ;


  • son absence ou son non‑respect expose à des poursuites pénales, à des injonctions de remise en état ou de démolition, et à des difficultés majeures lors d’une vente.


Le contentieux de la démolition est encadré par l’article L. 480‑13 du code de l’urbanisme : la démolition peut être ordonnée notamment lorsque le permis a été annulé et que la construction se situe dans certaines zones protégées (abords de monuments historiques, zones de risques, etc.). Cass. 3e civ., 16 nov. 2022, n° 21‑24.473 ; Cass. 3e civ. QPC, 25 avr. 2024, n° 24‑10.256.


1.2. Construire sur un bâtiment irrégulier : un risque majeur


Lorsque les travaux sont envisagés sur un bâtiment :

  • construit sans permis, ou

  • édifié en méconnaissance du permis délivré,

la règle est que la nouvelle demande doit porter sur l’ensemble de la construction : travaux déjà réalisés et travaux projetés (CE 9‑3‑1984, n° 41314 ; CE 9‑7‑1986, n° 51172 ; CE 13‑12‑2013, n° 349081).


Le Conseil d’État a posé, dans la ligne de la jurisprudence Thalamy (CE 9 juill. 1986, n° 51172), qu’en présence de transformations réalisées sans autorisation, le propriétaire qui souhaite encore modifier le bâtiment doit déposer une demande portant sur tous les éléments qui ont ou auront modifié l’ouvrage tel qu’il avait été initialement approuvé. CE 13 déc. 2013, n° 349081 ; CE 16 mars 2015, n° 369553.


Conséquences pratiques :

  • un simple « petit projet » (ajout de véranda, surélévation partielle, changement de destination) peut déclencher l’obligation de régulariser l’ensemble du bâtiment ;


  • l’autorité peut refuser le permis si, à l’issue des travaux, l’ensemble n’est pas conforme aux règles d’urbanisme en vigueur.


Exception importante : pour une construction ancienne ne pouvant plus faire l’objet d’action pénale ou civile, le Conseil d’État admet que l’administration puisse autoriser seuls les travaux nécessaires à la préservation du bâtiment et au respect des normes, même si la construction ne pourrait pas être régularisée dans son entier. CE 3 mai 2011, n° 320545 ; CE 16 mars 2015, n° 369553.


Par ailleurs, l’article L. 421‑9 du code de l’urbanisme (ancien L. 111‑12) interdit de fonder un refus de permis sur l’irrégularité initiale de certaines constructions achevées depuis plus de 10 ans, sous réserve de nombreuses exceptions (sites classés, risques, domaine public, constructions réalisées sans permis, etc.).


À retenir avant de déposer un dossier : il est indispensable de vérifier la régularité de l’existant (permis initial, conformité, absence de recours ou d’action en démolition), faute de quoi un projet apparemment simple peut se heurter à un refus ou à des exigences de régularisation lourdes.


2. Contrats de construction : encadrer clairement les relations avec les intervenants


2.1. Les principaux types de contrats


Selon la nature de l’opération, plusieurs cadres contractuels peuvent s’appliquer, par exemple :


  • Contrat de construction de maison individuelle (CCMI) avec ou sans fourniture de plan, régi par les articles L. 231‑1 et suivants du code de la construction et de l’habitation (CCH), avec :

    • contenu contractuel impératif (art. L. 231‑2 CCH) ;

    • garantie de livraison à prix et délais convenus (art. L. 231‑3 CCH) ;

    • modalités de paiement strictement encadrées (art. L. 231‑4 CCH) ;

    • notice d’information obligatoire (art. L. 231‑7 CCH).


  • Marchés d’entreprise classique (construction ou rénovation) conclus avec un ou plusieurs entrepreneurs.


  • Vente d’immeuble à construire ou d’immeuble à rénover, soumise à des règles spécifiques, notamment en matière de garanties et de responsabilités.


Dans tous les cas, les constructeurs (au sens large de l’article 1792‑1 du code civil) sont tenus d’une obligation de renseignement et de conseil, et doivent délivrer un ouvrage conforme aux prescriptions contractuelles et réglementaires.


2.2. Responsabilité contractuelle de droit commun


Au‑delà des garanties légales (décennale, biennale, parfait achèvement), la responsabilité contractuelle de droit commun reste applicable lorsque :

  • les désordres affectent des travaux ne constituant pas un « ouvrage » au sens de la responsabilité décennale ;

  • les désordres apparaissent avant la réception ou sont réservés à la réception ;

  • il s’agit de désordres intermédiaires (n’atteignant ni la solidité, ni l’aptitude à la destination) ;

  • on se trouve face à des défauts de conformité cachés ou à des fautes dolosives du constructeur.


Le prestataire (entrepreneur, sous‑traitant) est en principe tenu d’une obligation de résultat ; il n’est exonéré que si le comportement du maître de l’ouvrage présente les caractères de la force majeure ou constitue la cause exclusive du dommage (Cass. 3e civ., 8‑1‑2026, n° 23‑22.509).


Le non‑respect d’obligations essentielles (par exemple, absence de souscription d’une assurance obligatoire de responsabilité décennale) peut caractériser un manquement grave engageant la responsabilité de l’entreprise ou de son dirigeant à titre personnel, comme faute détachable de ses fonctions. Cass. 3e civ., 23‑11‑2005, n° 04‑16.023 ; Cass. 3e civ., 7‑6‑2018, n° 16‑27.680 ; Cass. 3e civ., 11‑5‑2023, n° 22‑14.749.


3. Assurances construction : un système obligatoire à ne pas négliger


3.1. Deux piliers : dommages‑ouvrage et responsabilité décennale


La loi du 4 janvier 1978 (dite loi Spinetta) a mis en place un système d’assurances obligatoires pour les travaux de bâtiment :


  • Assurance dommages‑ouvrage (DO), souscrite par le maître d’ouvrage, qui garantit, en dehors de toute recherche de responsabilité, le paiement des travaux de réparation des dommages de nature décennale (art. L. 242‑1 du code des assurances).


  • Assurance de responsabilité décennale, souscrite par les constructeurs, couvrant leur responsabilité décennale (art. L. 241‑1 et s. du code des assurances).


Ces assurances s’appliquent aux travaux de construction mais aussi à de nombreuses interventions sur existants, dès lors que les désordres sont suffisamment graves (solidité ou impropriété à la destination).


L’assurance dommages‑ouvrage :

  • doit être souscrite avant l’ouverture du chantier (art. L. 242‑1 C. assur.) ;

  • prend effet à l’expiration de la garantie de parfait achèvement (un an après la réception) et expire dix ans après la réception ;

  • préfinance les réparations, l’assureur se retournant ensuite contre les responsables (constructeurs et leurs assureurs).


L’absence de souscription d’une assurance obligatoire peut constituer un manquement contractuel grave et est pénalement sanctionnée (art. L. 243‑3 C. assur.).


3.2. Police unique de chantier (PUC) et articulation des garanties


Les deux garanties (DO et décennale) peuvent être réunies dans une police unique de chantier (PUC), souscrite par le maître d’ouvrage, qui :

  • regroupe une assurance dommages‑ouvrage et une assurance de responsabilité pour les différents constructeurs ;

  • simplifie les recours entre assureurs en évitant des divergences d’appréciation sur la nature décennale des désordres.


4. Garanties légales après la réception : un socle protecteur, mais encadré


Le code civil organise un régime spécial de responsabilité des constructeurs, dérogatoire au droit commun, qui comprend :


  • Garantie de parfait achèvement (1 an) : couvre tous les désordres signalés à la réception ou dans l’année qui suit ; elle n’exclut pas la responsabilité contractuelle de droit commun.


  • Garantie de bon fonctionnement (2 ans), dite biennale, pour certains éléments d’équipement dissociables.


  • Garantie décennale (10 ans) : pour les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination (art. 1792 et s. du code civil).


Depuis la loi n° 2008‑561 du 17 juin 2008, les actions fondées sur la fraude ou le dol sont également soumises à une prescription de dix ans à compter de la réception, et l’article 1792‑4‑3 du code civil généralise la prescription décennale pour les actions dirigées contre les constructeurs et leurs sous‑traitants.


La réception, qui peut être expresse ou tacite (prise de possession et volonté non équivoque d’accepter l’ouvrage), est un moment clé : elle déclenche les délais des garanties et fait basculer le régime de responsabilité. Civ. 3e, 3 mai 1990, n° 88‑19.301 ; Civ. 3e, 10 juill. 1995, n° 93‑13.027.


5. Principaux risques à anticiper avant de construire


5.1. Risques liés à l’urbanisme


  • Refus de permis ou opposition à déclaration pour non‑respect du PLU ou irrégularité de la construction existante.


  • Mise en demeure de remise en état ou de démolition en cas de travaux sans autorisation ou non conformes, sur le fondement notamment de l’article L. 481‑1 du code de l’urbanisme. CE 22‑12‑2022, n° 463331.


  • Action en démolition devant le juge judiciaire après annulation du permis, dans les cas prévus par l’article L. 480‑13 du code de l’urbanisme (zones protégées, risques, etc.).


5.2. Risques techniques et financiers


  • Désordres graves non couverts faute d’assurance dommages‑ouvrage ou de garantie décennale valide.


  • Surcoûts de reprise non pris en charge, retard de livraison, litiges multiples avec les entreprises.


  • Impossibilité de vendre ou décote importante si la construction est irrégulière ou si les attestations d’assurance et de conformité manquent.


6. Précautions à prendre avant le chantier et erreurs à éviter


6.1. Avant de signer et de déposer le permis


  • Vérifier la situation urbanistique du terrain et du bâti existant :

    • documents d’urbanisme applicables (PLU, document d’urbanisme unique, servitudes, risques) ;


    • régularité des constructions existantes (permis, conformité, absence de recours ou d’action en démolition, ancienneté des travaux).


  • Choisir le bon cadre contractuel (CCMI, marché d’entreprise, contrat d’architecte) et vérifier que toutes les mentions obligatoires y figurent (prix, délais, pénalités, garanties, assurances).


  • Contrôler les assurances des intervenants :

    • attestation d’assurance décennale en cours de validité pour chaque constructeur ;


    • projet de contrat d’assurance dommages‑ouvrage ou PUC, à souscrire avant l’ouverture du chantier.


6.2. Pendant le chantier et à la réception


  • Suivre l’exécution des travaux (éventuellement avec l’assistance d’un maître d’œuvre ou d’un expert) et faire consigner par écrit toute modification du projet.


  • À la réception :

    • procéder à un examen attentif de l’ouvrage, idéalement accompagné d’un professionnel ;


    • formuler des réserves précises sur les désordres apparents, faute de quoi certaines actions pourront être limitées ;


    • conserver tous les documents : procès‑verbaux, attestations, notices, plans, factures, attestations d’assurance.


6.3. Erreurs fréquentes à éviter


  • Lancer des travaux sans autorisation (ou au‑delà de l’autorisation) en pensant « régulariser plus tard » : la régularisation est encadrée et parfois impossible, avec risque de démolition.


  • Construire ou agrandir sur un bâtiment ancien irrégulier sans avoir vérifié la possibilité de déposer un permis d’ensemble ou de bénéficier de la prescription de l’article L. 421‑9 du code de l’urbanisme.


  • Ne pas souscrire d’assurance dommages‑ouvrage pour « économiser », alors qu’elle est obligatoire et qu’elle conditionne souvent la prise en charge rapide des désordres.


  • Signer un contrat de construction incomplet (absence de garantie de livraison, clauses imprécises sur le prix, les délais, les pénalités) ou sans vérifier les assurances des intervenants.


Conclusion : sécuriser juridiquement son projet de construction


Un projet de construction ne se limite pas au choix des matériaux ou du style architectural : il repose sur un socle juridique et assurantiel qu’il est dangereux de négliger.


Les points clés à retenir sont :


  • vérifier en amont la régularité urbanistique du terrain et des constructions existantes et anticiper les contraintes (PLU, risques, patrimoine, zones protégées) ;


  • choisir un contrat adapté, complet et conforme aux textes (notamment en matière de CCMI) ;


  • s’assurer que tous les intervenants sont correctement assurés et souscrire l’assurance dommages‑ouvrage avant l’ouverture du chantier ;


  • comprendre le fonctionnement des garanties légales (parfait achèvement, biennale, décennale) et l’importance de la réception ;


  • documenter chaque étape et réagir sans délai en cas de désordre ou de non‑conformité.


Appel à l’action : avant de vous engager (signature de compromis, dépôt de permis, signature de contrat de construction ou d’entreprise), il est fortement recommandé de faire auditer votre projet (situation urbanistique, montage contractuel, assurances, calendrier et répartition des risques) à la lumière des règles rappelées ci‑dessus, afin de transformer votre projet de construction en une opération juridiquement sécurisée et pérenne.


Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.


Pour plus d’informations sur ces problématiques, consultez notre page dédiée à l'IMMOBILIER, la CONSTRUCTION, et l'URBANISME.

bottom of page