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Travaux mal réalisés : comment utiliser la garantie de parfait achèvement ?

  • 28 avr.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 avr.

Ne pas rester seul face à un ouvrage mal exécuté.


Après des travaux importants (construction de maison, extension, rénovation lourde), la réception est souvent vécue comme la fin du chantier. Pourtant, c’est à partir de cette date que commence à courir une protection essentielle : la garantie de parfait achèvement.


Cette garantie, prévue par l’article 1792-6 du Code civil, oblige l’entrepreneur à reprendre tous les désordres signalés dans l’année qui suit la réception, qu’il s’agisse de malfaçons, de non-finitions ou de défauts de conformité.


Encore faut‑il savoir :

  • quels problèmes sont couverts ;

  • comment les signaler correctement (réserves, notifications écrites) ;

  • dans quels délais agir ;

  • quelles démarches engager si l’entreprise ne fait rien.


L’objectif de cet article est de vous donner une vision claire, pratique et juridiquement exacte de cette garantie, pour ne pas laisser vos droits se perdre par simple méconnaissance des règles.



1. Dans quelles situations la garantie de parfait achèvement s’applique-t-elle ?


1.1. Une garantie d’un an à compter de la réception


La garantie de parfait achèvement s’applique pendant un délai d’un an à compter de la réception des travaux.


La réception est l’acte (procès-verbal signé, ou parfois réception tacite) par lequel le maître d’ouvrage accepte l’ouvrage avec ou sans réserves.


Pendant cette année, l’entrepreneur est tenu de réparer :

  • les désordres réservés lors de la réception (mentionnés dans le procès-verbal) ;


  • les désordres révélés après la réception, à condition qu’ils soient signalés par écrit dans ce délai d’un an.


1.2. « Tous les désordres » : une notion très large


La jurisprudence et la doctrine retiennent une conception très large de la formule « tous les désordres » de l’article 1792‑6 du Code civil.


Sont couverts notamment :

  • les malfaçons (fissures, défauts de planéité, peintures dégradées, carrelage mal posé, etc.) ;


  • les non-finitions (travaux non terminés, éléments manquants) ;


  • les défauts de conformité aux stipulations contractuelles (travaux réalisés différemment du marché, matériaux différents de ceux prévus, etc.), même si le texte ne les mentionne pas expressément.


La gravité du désordre est indifférente : il peut s’agir d’un simple défaut esthétique comme d’un désordre rendant l’ouvrage impropre à sa destination ou compromettant sa solidité.


En pratique, la garantie de parfait achèvement joue donc pour :

  • des défauts visibles à la réception, à condition qu’ils aient été réservés ;


  • des désordres apparus dans l’année, dès lors qu’ils sont notifiés par écrit à l’entrepreneur dans ce délai.


2. Les obligations de l’entrepreneur dans le cadre de la garantie


2.1. Une responsabilité objective et personnelle


La garantie de parfait achèvement est une responsabilité objective : l’entrepreneur doit réparer les désordres, sans que vous ayez à prouver une faute de sa part.


Elle pèse personnellement sur l’entrepreneur qui a réalisé les travaux concernés : le maître de l’ouvrage doit donc s’adresser à l’entreprise intervenue, et non directement à un tiers de son choix (sauf dans un second temps, après mise en demeure infructueuse).


2.2. Une obligation de réparation en nature


L’article 1792‑6 du Code civil organise une réparation en nature :


  1. l’entrepreneur doit réaliser les travaux de reprise nécessaires ;


  2. un délai d’exécution doit être fixé d’un commun accord entre le maître d’ouvrage et l’entrepreneur ;


  3. en cas de désaccord ou de non-respect du délai, le maître d’ouvrage peut, après mise en demeure restée infructueuse, faire exécuter les travaux par une autre entreprise aux frais et risques de l’entrepreneur défaillant.


Cette faculté de remplacement est une dérogation au droit commun (ancien article 1144 du Code civil, aujourd’hui art. 1222), spécialement prévue au profit du maître d’ouvrage.


3. Conditions de mise en œuvre : ce qu’il faut absolument respecter


3.1. Condition n°1 : la dénonciation des désordres dans l’année


Pour bénéficier de la garantie de parfait achèvement, il est impératif de signaler les désordres dans le délai d’un an à compter de la réception :


  • Pour les désordres visibles à la réception : ils doivent être inscrits en réserves dans le procès‑verbal de réception, faute de quoi ils sont purgés.


  • Pour les désordres révélés après la réception : ils doivent être notifiés par écrit à l’entrepreneur dans l’année.


La Cour de cassation a rappelé récemment que l’assignation en justice ne remplace pas cette notification préalable : l’action en justice n’est recevable au titre de la garantie de parfait achèvement que si les désordres ont d’abord été dénoncés à l’entrepreneur.


3.2. Condition n°2 : la mise en demeure avant d’agir en justice ou de faire intervenir un autre entrepreneur


Lorsque l’entrepreneur ne réalise pas les réparations dans le délai convenu, le maître d’ouvrage doit lui adresser une mise en demeure, nécessairement postérieure à la réception.


  • La mise en demeure doit intervenir après la réception (une mise en demeure avant réception est inefficace pour ce régime).


  • Elle doit en principe être préalable à l’assignation en justice, car elle constate l’échec d’un accord amiable et le défaut d’exécution.


En pratique, la mise en demeure se fait par lettre recommandée avec avis de réception, décrivant précisément les désordres, rappelant le fondement juridique (article 1792‑6 du Code civil) et fixant un délai raisonnable pour intervenir.


4. Démarches pratiques : du signalement amiable à l’action judiciaire


4.1. Étape 1 – Recenser et documenter les désordres


Dès l’apparition de désordres :

  • prenez des photos datées ;

  • conservez tous les documents du chantier (contrat, devis, factures, procès-verbal de réception) ;

  • en cas de contestation prévisible, faites éventuellement établir un constat d’huissier.


Ces éléments serviront de preuve en cas de litige ultérieur sur la réalité et l’étendue des désordres.


4.2. Étape 2 – Notification écrite des désordres à l’entrepreneur


Dans le délai d’un an suivant la réception :

  • pour les défauts visibles à la réception : vérifiez qu’ils figurent bien en réserves dans le procès‑verbal ;


  • pour les désordres apparus ensuite : adressez à l’entrepreneur une notification écrite (de préférence en recommandé AR) détaillant les désordres et sollicitant leur reprise au titre de la garantie de parfait achèvement.


Cette notification est une condition de recevabilité de l’action fondée sur la garantie.


4.3. Étape 3 – Fixer un délai d’exécution des travaux


L’article 1792‑6 du Code civil prévoit que les délais nécessaires à l’exécution des travaux de réparation sont fixés d’un commun accord entre le maître d’ouvrage et l’entrepreneur.


Il est conseillé :

  • d’obtenir un écrit de l’entreprise (courriel, courrier) confirmant le délai de reprise ;

  • de veiller à ce que ce délai soit réaliste au regard de l’ampleur des travaux.


4.4. Étape 4 – Mise en demeure en cas d’inaction ou de retard


Si aucun accord n’est trouvé sur le délai, ou si l’entreprise ne respecte pas le délai convenu :

  • adressez une mise en demeure formelle de reprendre les désordres dans un délai déterminé ;


  • rappelez expressément qu’à défaut, vous vous réservez le droit de faire exécuter les travaux par un autre entrepreneur aux frais et risques de l’entreprise défaillante et/ou d’agir en justice.


4.5. Étape 5 – Faire intervenir un autre entrepreneur ou engager une action judiciaire


En l’absence de réaction malgré la mise en demeure :


  1. Recours à un autre entrepreneur


    • Vous pouvez faire réaliser les travaux de reprise par une autre entreprise, aux frais et risques de l’entrepreneur d’origine, en application de l’article 1792‑6.


    • Vous devrez alors, en pratique, avancer le coût des travaux, puis demander le remboursement à l’entreprise défaillante (souvent par voie judiciaire).


  2. Action en justice


    • Vous pouvez assigner l’entrepreneur pour le contraindre à exécuter les travaux ou pour obtenir des dommages-intérêts (notamment si les travaux de reprise ont été confiés à un tiers).


    • La jurisprudence a jugé que l’action fondée sur la garantie de parfait achèvement doit être exercée dans le délai d’un an, mais que, même après ce délai, la responsabilité contractuelle de droit commun (article 1231‑1 du Code civil, ex‑1147) peut être invoquée tant que les réserves ne sont pas levées ou pour certains dommages dits « intermédiaires ».


5. Délais et conséquences en cas d’inaction


5.1. Le délai d’un an : double fonction


Le délai d’un an à compter de la réception remplit une double fonction :

  • il délimite les désordres couverts (ceux apparus et/ou dénoncés dans l’année) ;


  • il encadre la mise en œuvre de la garantie (notification des désordres et action au titre de cette garantie).


Ce délai peut être interrompu par certains actes (par exemple une assignation ou un référé expertise), ce qui fait courir un nouveau délai d’un an à compter de l’acte interruptif.


5.2. Que risque-t-on en cas de passivité ?


En cas d’inaction ou de démarches tardives, les conséquences peuvent être lourdes :

  • Désordres visibles non réservés à la réception : ils sont purgés par la réception sans réserves et ne peuvent plus être couverts ni par la garantie de parfait achèvement ni, en principe, par les garanties décennale ou biennale.


  • Désordres apparus après la réception non notifiés dans l’année : ils ne peuvent plus être pris en charge au titre de la garantie de parfait achèvement.


  • Absence de mise en demeure préalable : vous vous exposez à une contestation de la possibilité de faire intervenir un autre entrepreneur aux frais du premier ou à l’irrecevabilité d’une action au titre de la garantie.


Il reste parfois possible d’agir sur le terrain de la responsabilité contractuelle de droit commun pour certains dommages intermédiaires ou tant que les réserves ne sont pas levées, mais ce régime est plus incertain et suppose de prouver une faute du constructeur.


6. Erreurs à éviter absolument


  • Ne pas faire de réserves lors de la réception alors que des défauts sont visibles.


  • Attendre plus d’un an après la réception pour signaler des désordres relevant de la garantie de parfait achèvement.


  • Se contenter d’une assignation en justice sans notification écrite préalable des désordres à l’entrepreneur.


  • Ne pas envoyer de mise en demeure avant de faire intervenir un autre entrepreneur ou d’assigner.


  • Faire reprendre les travaux par un autre professionnel sans respecter la procédure (notification – délai – mise en demeure), ce qui peut compromettre le remboursement de ces travaux.


  • Jeter ou négliger les preuves (photos, constats, échanges de courriels, devis, factures) qui permettront de justifier la réalité et le coût des désordres.


7. En résumé : comment sécuriser vos droits ?


Pour tirer pleinement parti de la garantie de parfait achèvement, il est essentiel de :

  1. Soigner la réception :

    • faire inscrire toutes les réserves sur le procès‑verbal ;

    • conserver un exemplaire signé.


  2. Surveiller l’ouvrage pendant un an à compter de la réception et notifier par écrit tout désordre nouveau à l’entrepreneur dans ce délai.


  3. Fixer un délai d’exécution des reprises, puis, en cas d’inaction, adresser une mise en demeure formelle.


  4. Envisager, en dernier recours, le remplacement de l’entrepreneur ou l’assignation en justice, en s’appuyant sur l’article 1792‑6 du Code civil et, si nécessaire, sur la responsabilité contractuelle de droit commun.


Si vos travaux présentent des défauts ou ne sont pas terminés, n’attendez pas que le délai d’un an soit écoulé. Recensez les désordres, notifiez‑les par écrit à l’entrepreneur, mettez‑le en demeure si nécessaire et faites-vous assister pour sécuriser vos démarches, notamment en cas de mise en cause judiciaire ou de remplacement de l’entreprise sur le fondement de l’article 1792‑6 du Code civil.


Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.


Pour plus d’informations sur ces problématiques, consultez notre page dédiée à l'IMMOBILIER, la CONSTRUCTION, et l'URBANISME.

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