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Les différentes garanties après réception des travaux : parfait achèvement, biennale et décennale

  • 11 févr. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 avr.

Fissures qui apparaissent quelques mois après la réception, volets roulants qui tombent en panne, chauffage qui ne fonctionne jamais correctement, maison qui consomme beaucoup plus d’énergie que prévu : ces situations, très fréquentes, sont précisément celles que les garanties légales de la construction ont vocation à couvrir.


L’objectif de cet article est d’expliquer, de façon pratique, les trois grandes garanties après réception des travaux :

  • la garantie de parfait achèvement,

  • la garantie de bon fonctionnement (dite biennale),

  • la garantie décennale.


Seront détaillés pour chacune :

  • la durée,

  • les désordres couverts,

  • les démarches à accomplir (notifications, mise en demeure, action en justice, assurance dommages‑ouvrage),

  • les délais à ne pas dépasser et les erreurs à éviter.




1. Le cadre général : la réception et les garanties légales


En droit de la construction, la réception marque le point de départ des garanties légales (parfait achèvement, biennale, décennale).


Une fois la réception prononcée :


  • l’entrepreneur reste tenu :

    • d’une garantie de parfait achèvement pendant 1 an (article 1792‑6 du Code civil),


    • d’une garantie de bon fonctionnement des éléments d’équipement dissociables pendant 2 ans (article 1792‑3 du Code civil),


    • d’une garantie décennale pendant 10 ans pour les dommages les plus graves (article 1792 du Code civil).


  • l’assurance dommages‑ouvrage (DO), lorsqu’elle a été souscrite, doit préfinancer les réparations des dommages de nature décennale, sans attendre qu’on détermine les responsabilités (article L. 242‑1 du Code des assurances).


Ces garanties sont d’ordre public : on ne peut pas y renoncer ni les réduire par contrat.


2. La garantie de parfait achèvement (1 an après la réception)


2.1. Durée et champ d’application


La garantie de parfait achèvement s’applique pendant un an à compter de la réception (article 1792‑6 du Code civil).


Elle couvre :

  • toutes les réserves mentionnées au procès‑verbal de réception,

  • tous les désordres ou malfaçons signalés par écrit au cours de la première année, même s’ils n’avaient pas été vus lors de la réception.


Exemples typiques :

  • fissures esthétiques, défauts de peinture, portes qui frottent, carrelages mal posés, prises électriques défectueuses, petites infiltrations, etc.


La jurisprudence rappelle que cette garantie a pour but d’obtenir la conformité de l’ouvrage au contrat, y compris par la reprise de défauts de performance contractuelle (par exemple, niveau d’éclairement insuffisant d’un bâtiment par rapport aux engagements de l’entreprise).


2.2. Démarches à accomplir


  1. Lors de la réception : formuler des réserves précises

    • Un procès‑verbal de réception avec réserves ne suffit pas, à lui seul, à « mettre en œuvre » la garantie : il faut ensuite demander à l’entrepreneur d’y remédier et fixer un délai.


    • Il est recommandé de décrire les désordres de façon détaillée.


  2. Après la réception, pendant un an : notification écrite des désordres

    • Tout désordre apparu après la réception doit être notifié par écrit (lettre recommandée avec AR) à l’entrepreneur avant l’expiration du délai d’un an.


    • Cette notification permet de faire entrer le désordre dans le champ de la garantie de parfait achèvement, mais n’interrompt pas en principe le délai : seule un accord de l’entrepreneur ou une assignation peuvent interrompre.


  3. Mise en demeure et travaux aux frais et risques de l’entrepreneur

    • En l’absence d’accord sur les réparations, le maître d’ouvrage doit mettre en demeure l’entrepreneur de réaliser les travaux, avant éventuellement de les faire exécuter par une autre entreprise aux frais et risques de l’entrepreneur défaillant, conformément à l’article 1792‑6, alinéa 4 du Code civil.


    • Il doit alors avancer les fonds et se faire rembourser ensuite, ou saisir le juge en référé pour obtenir une provision ou une condamnation sous astreinte à exécuter les travaux.


  4. Constat de l’exécution

    • L’article 1792‑6, alinéa 5 du Code civil prévoit que l’exécution des travaux de reprise au titre de cette garantie est constatée d’un commun accord ou judiciairement.


    • La charge de la preuve de la bonne exécution incombe à l’entrepreneur, notamment lorsqu’il s’agit de lever des réserves.


2.3. Délais et erreurs à éviter


  • Le délai d’un an est un délai de forclusion : passé ce délai, l’action fondée sur la garantie de parfait achèvement n’est plus recevable.


  • Erreurs fréquentes :

    • se contenter de réserves orales ou imprécises,

    • ne pas notifier par écrit les désordres apparus après la réception,

    • attendre la fin de l’année pour agir sans assigner, alors que la simple notification n’interrompt pas le délai.


3. La garantie de bon fonctionnement (biennale – 2 ans)


3.1. Durée et champ d’application


La garantie de bon fonctionnement (souvent appelée garantie biennale) couvre, pendant 2 ans à compter de la réception, les éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage, c’est‑à‑dire ceux qui peuvent être démontés ou remplacés sans détériorer le gros œuvre.


Elle trouve son fondement dans l’article 1792‑3 du Code civil, qui impose à l’entrepreneur une garantie d’au moins deux ans après la réception pour ces éléments d’équipement.


Exemples typiques :

  • volets roulants, menuiseries intérieures, chaudières, radiateurs, interphones, équipements sanitaires, certains appareils de chauffage ou de climatisation, etc.


La jurisprudence rappelle que lorsqu’un désordre relève d’une garantie légale (biennale ou décennale), il n’est pas possible de contourner ce régime en agissant sur le seul fondement de la responsabilité contractuelle de droit commun.


3.2. Démarches pour la mettre en œuvre


  • Signaler le dysfonctionnement dès son apparition, par lettre recommandée avec AR à l’entrepreneur (et, le cas échéant, au vendeur).


  • En cas d’inaction ou de refus, envisager :

    • une mise en demeure de réparer ou de remplacer l’équipement,

    • une expertise amiable ou judiciaire si la cause du dysfonctionnement est contestée,

    • une action en justice dans le délai de 2 ans à compter de la réception.


4. La garantie décennale (10 ans)


4.1. Durée et dommages couverts


La garantie décennale s’applique pendant 10 ans à compter de la réception (article 1792 du Code civil).


Elle couvre :

  1. Les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage (risque d’effondrement, structure gravement atteinte, etc.).


  2. Les dommages qui rendent l’ouvrage impropre à sa destination, par exemple :

    • maison « complètement bancale » ne pouvant être réparée qu’en la démolissant,


    • construction devant être démolie et reconstruite en raison du non‑respect des règles d’urbanisme, ce qui peut rendre l’immeuble impropre à sa destination.


  3. Les désordres affectant des éléments d’équipement, dissociables ou non, d’origine ou installés sur existant, dès lors qu’ils rendent l’ouvrage dans son ensemble impropre à sa destination.


En matière de performance énergétique, l’article L. 111‑13‑1 du Code de la construction et de l’habitation encadre très strictement la possibilité de retenir une impropriété à la destination pour défaut de performance énergétique :

  • il faut un défaut lié aux produits, à la conception ou à la mise en œuvre,

  • entraînant une surconsommation énergétique rendant l’utilisation de l’ouvrage d’un coût exorbitant,

  • alors même que les conditions d’usage et d’entretien sont appropriées.


À défaut de remplir ces conditions, la responsabilité du constructeur pourra être recherchée sur le terrain de la responsabilité contractuelle de droit commun, mais sans bénéficier du régime protecteur de la décennale.


4.2. Rôle de l’assurance dommages‑ouvrage (DO)


L’assurance dommages‑ouvrage (article L. 242‑1 du Code des assurances) a pour objet de préfinancer les réparations des dommages de nature décennale, sans attendre la décision sur les responsabilités.


  • Elle garantit le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de nature décennale, y compris les travaux de démolition, déblaiement, dépose ou démontage nécessaires.


  • L’assureur DO ne couvre pas les dommages immatériels (privation de jouissance, troubles divers), sauf stipulation particulière.


En pratique :


  • L’acquéreur dispose, en vertu de l’article L. 114‑1 du Code des assurances, d’un délai de 2 ans à compter de la connaissance des désordres survenus dans les 10 ans suivant la réception pour agir contre l’assureur DO.


  • Il peut donc agir au‑delà de la période décennale, par exemple si le désordre apparaît en 9e année.


  • Si les travaux de reprise financés par l’assureur DO ne sont pas efficaces et que les désordres s’étendent, les nouveaux dommages constatés après la période décennale peuvent encore être couverts, dès lors qu’ils trouvent leur siège dans les désordres initiaux.


Par ailleurs, lorsque l’assureur DO accepte la mise en jeu de sa garantie dans le délai légal (60 jours), il est déchu du droit de contester ultérieurement le caractère décennal des désordres et doit, le cas échéant, verser le complément d’indemnisation nécessaire pour financer les travaux.


5. Démarches pratiques, preuves et erreurs à éviter


5.1. Réflexes immédiats en cas de désordres après réception


  1. Constater les désordres

    • Photos datées, vidéos, constats d’huissier, rapports d’entretien, etc.


    • En cas de conflit prévisible, un constat d’huissier est fortement recommandé, notamment si vous envisagez de faire intervenir une autre entreprise.


  2. Vérifier la date de réception

    • Elle conditionne le point de départ des délais 1 an / 2 ans / 10 ans.


    • En copropriété, la recommandation n° 10 de la commission relative à la copropriété invite le maître de l’ouvrage ou le vendeur à remettre au syndic une attestation de la réalité de la réception des travaux avec indication de la date : ce document est essentiel.


  3. Notifier par écrit

    • À l’entrepreneur (et le cas échéant au vendeur, au promoteur, au constructeur de maison individuelle), par lettre recommandée avec AR, en décrivant précisément les désordres et en rappelant la date de réception.


  4. Mettre en demeure si nécessaire

    • En l’absence de réaction ou de proposition sérieuse, adresser une mise en demeure de réparer dans un délai déterminé.


  5. Déclarer le sinistre à l’assureur dommages‑ouvrage (si la DO a été souscrite)

    • Dès que les désordres paraissent de nature décennale (solidité ou impropriété à la destination).


5.2. Erreurs fréquentes à éviter


  • Laisser passer les délais :

    • 1 an pour la garantie de parfait achèvement (délai de forclusion),


    • 2 ans pour la garantie de bon fonctionnement,


    • 10 ans pour la décennale (délai de garantie).


  • Ne pas formaliser par écrit : les demandes orales, SMS ou simples échanges informels ne suffisent pas à sécuriser vos droits.


  • Faire réaliser des travaux lourds sans expertise préalable, alors que l’entrepreneur conteste l’existence ou l’ampleur des désordres : cela peut compliquer la preuve et le remboursement ultérieur.


  • Confondre les régimes de responsabilité :

    • certains désordres relèvent exclusivement de la garantie biennale ou décennale et ne peuvent être poursuivis sur le fondement de la responsabilité contractuelle de droit commun.


6. Synthèse : comment choisir la bonne garantie ?

Type de désordre

Moment d’apparition / constat

Garantie principale à mobiliser

Durée à compter de la réception

Malfaçons apparentes, réservées à la réception

Jour de la réception

Parfait achèvement

1 an

Désordres légers apparus dans l’année

< 1 an après réception

Parfait achèvement (notification écrite)

1 an

Panne d’un équipement dissociable (volet, chaudière…)

< 2 ans après réception

Garantie de bon fonctionnement (biennale)

2 ans

Fissures graves, affaissement, structure menacée

< 10 ans après réception

Garantie décennale + assurance DO

10 ans

Maison inutilisable ou très difficilement utilisable (impropriété à la destination)

< 10 ans

Garantie décennale + DO

10 ans


7. Agissez maintenant


En présence de malfaçons, de défauts d’équipement ou de désordres graves après réception, il est crucial de réagir rapidement, de respecter les délais et de choisir le bon fondement juridique (parfait achèvement, biennale, décennale, DO).


Les garanties légales de la construction sont puissantes, mais leur efficacité dépend largement :

  • de la date exacte de réception,

  • de la qualité des preuves (constats, photos, expertises),

  • de la rigueur des démarches écrites (notifications, mises en demeure, déclaration à l’assureur),

  • du respect strict des délais.


Face à un désordre, il est recommandé de dresser immédiatement un état précis des faits, de rassembler tous les documents (contrat, PV de réception, polices d’assurance) et d’engager sans attendre les démarches décrites ci‑dessus, afin de préserver au mieux vos droits et vos chances d’obtenir une réparation complète.


Avant d’engager toute démarche judiciaire, n’hésitez pas à consulter Maître Sofian GARA-ROMEO, avocat spécialisé en droit immobilier et urbanisme à TOULON, qui saura vous conseiller et défendre vos intérêts.


Pour plus d’informations sur ces problématiques, consultez notre page dédiée à l'IMMOBILIER, la CONSTRUCTION, et l'URBANISME.

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