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Guide de l’expertise judiciaire immobilière et construction

16 août
19 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

1. Rappel de votre situation et des enjeux 


Vous êtes propriétaire d’une maison individuelle, d’un appartement en copropriété ou d’un bien acquis en VEFA dans le Var (Toulon, Hyères, La Seyne, Draguignan, Fréjus, etc.). Après des travaux (construction neuve, extension, rénovation, ravalement, toiture, piscine…) ou après la livraison d’un logement, vous constatez des désordres : fissures, infiltrations d’eau, affaissement de dallage, défaut d’isolation, installation d’assainissement défaillante, chauffage/climatisation qui ne fonctionne pas, non‑conformités aux plans, retard de chantier, etc.


Les échanges amiables avec l’entreprise, le constructeur de maison individuelle, le promoteur ou le syndic n’aboutissent pas. Votre assureur multirisque habitation, dommages‑ouvrage ou l’assurance décennale de l’entreprise intervient mal, lentement ou refuse de garantir.


Vous vous interrogez alors sur l’opportunité de demander une expertise judiciaire devant le tribunal (souvent en référé) pour :


  • faire constater officiellement les désordres par un expert indépendant désigné par le juge ;


  • déterminer les causes techniques, les responsabilités (constructeurs, artisans, architecte, promoteur, syndic, assureurs…) ;


  • chiffrer précisément le coût des réparations ;


  • sécuriser vos droits avant d’engager une action en indemnisation au fond.


Ce guide a pour objectif d’expliquer le fonctionnement de l’expertise judiciaire en immobilier et construction en droit français, avec un focus pratique pour des litiges sur le ressort du tribunal judiciaire de Toulon et plus largement du Var.



2. Cadre juridique général de l’expertise judiciaire en construction 


2.1. Les textes principaux applicables 


2.1.1. Code civil et responsabilité des constructeurs 


  • Responsabilité décennale – article 1792 du Code civil : tout constructeur d’un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître de l’ouvrage ou l’acquéreur, des dommages compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination, pendant 10 ans à compter de la réception.


  • Article 1792‑2 du Code civil : étend cette responsabilité aux éléments d’équipement indissociables de l’ouvrage.


  • Article 1792‑3 du Code civil : garantit le bon fonctionnement des éléments d’équipement dissociables pendant 2 ans (garantie biennale).


  • Article 1792‑4‑1 du Code civil : fixe le délai de 10 ans pour les actions en responsabilité engagées sur le fondement des articles 1792 à 1792‑4 à compter de la réception.


  • Article 1792‑6 du Code civil : organise la garantie de parfait achèvement d’un an à compter de la réception.


  • Article 2270 ancien du Code civil : concerne, dans l’ancien régime, le délai applicable aux garanties des constructeurs, aujourd’hui repris par les articles 1792‑4‑1 et suivants. Ce texte reste cité pour les contrats anciens et certaines polices d’assurance.


  • Article 2224 du Code civil : délai de prescription de droit commun de 5 ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer (utile pour la responsabilité contractuelle de droit commun, les recours entre constructeurs, ou les actions de tiers).


À retenir : en construction, les délais sont techniques et multiples (1 an, 2 ans, 10 ans, 5 ans). L’expertise judiciaire sert souvent à préserver ou sécuriser les preuves dans ces délais.


2.1.2. Loi Spinetta et caractère d’ordre public des garanties


Depuis le 1er janvier 1979 (réforme dite Spinetta), les garanties des constructeurs sont d’ordre public :


  • l’article 1792‑5 du Code civil répute non écrite toute clause qui tend à exclure ou limiter la responsabilité décennale (articles 1792, 1792‑1, 1792‑2), la garantie biennale (1792‑3) ou la garantie de parfait achèvement (1792‑6), ou la solidarité du fabricant d’EPERS (article 1792‑4).


  • Les tribunaux annulent ainsi les clauses de non‑recours ou de non‑garantie qui priveraient l’acquéreur de la garantie décennale (par exemple pour un système d’assainissement défaillant).


Attention : à Toulon comme ailleurs, un acte notarié ou un contrat de travaux ne peut pas vous priver des garanties légales de construction, même si une clause de non‑recours est prévue.


2.1.3. Code de procédure civile et expertise judiciaire 


  • Mesures d’instruction avant procès – article 145 du Code de procédure civile (non cité textuellement dans les documents mais visé par la demande) : permet de demander, en référé, une mesure d’instruction (souvent une expertise) lorsqu’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige.


  • Expertise judiciaire – article 232 du Code de procédure civile : le juge ne peut ordonner une expertise que si les constatations ou une simple consultation ne suffisent pas à l’éclairer.


  • Le juge fixe la mission de l’expert ; l’expert doit se limiter à décrire les désordres et proposer des solutions techniques, sans trancher les responsabilités juridiques ni décider du mode de réparation, ce qui relève du juge.


2.1.4. Prescription, forclusion et expertise 


  • Article 2239 du Code civil : la décision qui fait droit à une demande de mesure d’instruction avant tout procès suspend la prescription pendant le temps d’exécution de la mesure.


  • La Cour de cassation a jugé que cette suspension bénéficie seulement à la partie qui a sollicité la mesure, et qu’elle s’applique pendant la durée de la mesure d’instruction (par exemple une expertise ordonnée en référé).


  • Toutefois, l’article 2239 ne s’applique pas aux délais de forclusion, qui gouvernent notamment les actions en responsabilité ou en garantie après réception dirigées contre les constructeurs (garantie décennale, biennale, parfait achèvement).


  • Un arrêt récent du 11 juillet 2024 (« Cass. 3 e civ. 11-7-2024 n° 23-18.495 F-D : BPIM 5/24 inf. 314 ») a appliqué l’article 2239 à une action soumise à la prescription quinquennale de l’article 2224 (fuite d’eau, action contre le fournisseur et le réparateur).


Nouvelle règle applicable (proposée) : dans son rapport annuel 2022, la Cour de cassation suggère une réforme créant un article 1792‑8 du Code civil, qui rendrait applicables les articles 2239 et 2240 aux délais de forclusion des articles 1792‑3, 1792‑4‑1 à 1792‑4‑3 et 1792‑6. Cette réforme n’est pas encore en vigueur au 16/08/2026, mais elle montre une volonté d’aligner le régime des délais de forclusion sur celui de la prescription pour les mesures d’instruction.


3. Expertise amiable / expertise judiciaire : bien distinguer 


3.1. L’expertise amiable (assureur, expert privé) 


  • Elle est diligentée par :


    • votre assureur multirisque habitation ou dommages‑ouvrage ;


    • l’assureur décennal de l’entreprise ;


    • un expert privé choisi et payé par vous ou par l’entreprise.


  • Elle n’est pas conduite sous le contrôle d’un juge ; le rapport n’a pas, en lui‑même, de force obligatoire pour le tribunal.


  • Elle peut toutefois servir de base technique, être produite en justice, et parfois permettre un accord amiable.


Limites : si l’expert amiable est perçu comme trop proche de l’assureur ou de l’entreprise, ou si les conclusions sont contestées, il est souvent nécessaire de recourir à une expertise judiciaire.


3.2. L’expertise judiciaire 


  • Elle est ordonnée par un juge (souvent en référé) et confiée à un expert inscrit sur une liste de cour d’appel.


  • Elle est menée de façon contradictoire : toutes les parties (propriétaire, entreprises, assureurs, syndic, promoteur…) sont convoquées, peuvent présenter leurs observations et produire leurs pièces.


  • Le rapport de l’expert judiciaire, s’il n’est pas obligatoire pour le juge, a une grande force probante et sert de base à la décision sur les responsabilités et l’indemnisation.


Bon à savoir : dans le ressort de la cour d’appel d’Aix‑en‑Provence (dont dépend Toulon), les experts construction sont habitués aux sinistres liés au climat méditerranéen (sécheresse, argiles gonflantes, intempéries, corrosion marine…), ce qui peut influer sur l’analyse des causes des désordres.


4. Quand demander une expertise judiciaire en immobilier / construction ? 


4.1. Situations typiques dans le Var 


  • Construction d’une maison individuelle (CCMI) à La Crau, Six‑Fours ou Sanary présentant des fissures importantes quelques mois après la réception.


  • Appartement en copropriété à Toulon avec infiltrations récurrentes en toiture ou en façade, malgré des travaux récents.


  • VEFA à La Valette ou La Garde livrée avec défauts d’achèvement, non‑conformités aux plans, problèmes de ventilation ou de chauffage.


  • Piscine, terrasse, murs de soutènement sur terrain en pente à Ollioules ou Carqueiranne, présentant des glissements de terrain ou des désordres structurels.


  • Installation d’assainissement individuel non conforme dans l’arrière‑pays varois (Brignoles, Draguignan), avec risques sanitaires et refus de conformité.


4.2. Conditions pour saisir le juge (référé ou au fond) 


  • Existence de désordres ou risques de désordres suffisamment sérieux (pas de simples défauts esthétiques minimes).


  • Intérêt à agir : vous êtes propriétaire, copropriétaire, syndicat des copropriétaires, acquéreur en VEFA, maître d’ouvrage, parfois locataire subissant des désordres graves.


  • Urgence ou nécessité de conserver la preuve avant que les travaux ne soient modifiés (sinistre en cours de chantier, désordres évolutifs, risque pour la sécurité).


  • Respect des délais légaux (garantie décennale, biennale, parfait achèvement, prescription quinquennale).


Attention : la demande d’expertise ne doit pas être tardive. Même si certaines mesures suspendent la prescription (article 2239), les délais de forclusion en matière de garantie décennale et biennale sont stricts et ne sont pas, à ce jour, couverts par ce mécanisme.


5. Délais pour agir : décennale, biennale, parfait achèvement, prescription 


5.1. Les principaux délais légaux 


  • Garantie de parfait achèvement (article 1792‑6) :


    • 1 an à compter de la réception pour exiger la réparation de tous les désordres signalés au procès‑verbal de réception ou notifiés par écrit dans l’année.


  • Garantie biennale de bon fonctionnement (article 1792‑3) :


    • 2 ans à compter de la réception pour les éléments d’équipement dissociables (volets roulants, chaudière, climatisation, interphone, etc.).


  • Garantie décennale (articles 1792 et 1792‑2) :


    • 10 ans à compter de la réception pour les désordres graves (solidité, impropriété à la destination, éléments indissociables).


  • Responsabilité contractuelle de droit commun / actions non couvertes par les garanties légales :


    • prescription de 5 ans (article 2224) à compter du jour où vous avez eu connaissance du dommage et de l’identité du responsable.


5.2. Qui peut se prévaloir de ces délais ? 


  • Le maître de l’ouvrage (celui qui a fait construire) et l’acquéreur de l’ouvrage (par exemple l’acheteur d’une maison déjà construite) bénéficient des garanties décennale et biennale.


  • L’article 1792‑4‑3 du Code civil fixe un délai de 10 ans pour les actions en responsabilité contre les constructeurs et sous‑traitants autres que celles relevant des garanties légales, mais la Cour de cassation a jugé qu’il ne s’applique qu’aux actions du maître de l’ouvrage contre les constructeurs et sous‑traitants.


  • Les tiers (par exemple un voisin dont la maison est endommagée par un chantier) agissent en responsabilité extracontractuelle sur le fondement de l’article 2224 (prescription de 5 ans).


Exemple : un locataire qui subit des infiltrations causées par un défaut de construction peut agir contre le constructeur sur le fondement de la responsabilité délictuelle dans le délai de 5 ans, alors que le bailleur dispose, lui, de la garantie décennale dans le délai de 10 ans à compter de la réception.


6. Déroulé concret d’une expertise judiciaire à Toulon / Var 


6.1. Étape 1 – Préparation et saisine du juge 


Documents à réunir :


  • Contrat de construction (CCMI), marchés de travaux, devis, avenants.


  • Acte de vente (VEFA, maison achevée), règlement de copropriété, procès‑verbaux d’assemblée générale.


  • Procès‑verbal de réception, réserves, levée de réserves.


  • Correspondances, mises en demeure, lettres recommandées, mails.


  • Photos datées, vidéos, constats d’huissier si possible.


  • Rapports d’expert amiable (assureur, expert privé).


  • Déclarations de sinistre aux assurances, réponses des assureurs.


Saisine du juge :


  • Vous saisissez généralement le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulon (ou du tribunal compétent dans le Var) sur le fondement de l’article 145 du Code de procédure civile.


  • La demande est formalisée par une assignation, rédigée de préférence par un avocat, exposant les faits, les désordres, les textes applicables (articles 1792, 1792‑2, 1792‑3, 1792‑4‑1, 1792‑6, 2224, etc.) et sollicitant la désignation d’un expert avec une mission détaillée.


6.2. Étape 2 – Ordonnance de référé et consignation 


  • Le juge rend une ordonnance de référé qui :


    • désigne l’expert judiciaire ;


    • fixe sa mission (description des désordres, analyse des causes, chiffrage des travaux de reprise, appréciation de l’impropriété à la destination, etc.) ;


    • fixe une provision à consigner au greffe par le demandeur (ou les demandeurs) dans un délai déterminé.


  • La consignation couvre les honoraires prévisionnels de l’expert ; elle peut être complétée si nécessaire.


Protection juridique : si vous bénéficiez d’une assurance de protection juridique, celle-ci peut, selon les garanties et plafonds prévus par votre contrat, prendre en charge tout ou partie des frais liés à l’expertise judiciaire, notamment les honoraires d’avocat, les frais d’expert et certains frais de procédure.


6.3. Étape 3 – Déroulement des opérations d’expertise 


Convocations et premières réunions :


  • L’expert convoque l’ensemble des parties (propriétaire, entreprises, architecte, promoteur, syndic, assureurs…) à une première réunion sur les lieux.


  • Il dresse un constat de l’état des lieux avant travaux de reprise, souvent accompagné d’un reportage photographique.


Rôle de l’expert :


  • L’expert doit :


    • décrire les désordres, leur localisation, leur évolution ;


    • rechercher les causes techniques (fondations, structure, étanchéité, réseaux, défauts d’exécution, erreurs de conception…) ;


    • proposer des solutions de réparation adaptées et chiffrer le coût des travaux, éventuellement à partir de devis produits par les parties ;


    • répondre aux questions du juge telles que définies dans la mission.


  • Il ne peut pas décider lui‑même du mode de réparation ni trancher les responsabilités juridiques : cela appartient au juge.


Dires et échanges contradictoires :


  • Après chaque réunion, l’expert adresse une note aux parties récapitulant les points abordés et les demandes de documents complémentaires. 7


  • Les parties peuvent répondre par écrit, sous forme de dires à l’expert, pour :


    • corriger ou compléter les faits ;

    • contester une analyse technique ;

    • proposer d’autres solutions de réparation ou d’autres chiffrages.


Pré‑rapport et rapport définitif :


  • Dans les dossiers complexes, l’expert peut établir un pré‑rapport ou une note de synthèse, soumis aux observations des parties.


  • Après examen des dires, il rédige un rapport définitif qu’il dépose au greffe et notifie aux parties.


6.4. Contradiction et opposabilité du rapport 


  • Les parties envers lesquelles on veut faire valoir le rapport doivent avoir été appelées ou représentées aux opérations d’expertise ; sinon, l’expertise leur est en principe inopposable.


  • La jurisprudence admet toutefois que, si le rapport (judiciaire ou non) a été soumis à la discussion contradictoire des parties, celles‑ci ne peuvent plus en contester l’opposabilité.


  • En cas d’irrégularité des opérations d’expertise judiciaire, la partie qui s’en prévaut doit demander la nullité de l’expertise, et non se borner à invoquer son inopposabilité.


7. Droits et obligations des parties pendant l’expertise


7.1. Vos droits en tant que propriétaire ou copropriétaire 


  • Être convoqué à toutes les réunions d’expertise.


  • Être assisté par un avocat et, si besoin, par un expert technique privé.


  • Présenter vos observations orales lors des réunions.


  • Adresser des dires écrits à l’expert pour compléter ou contester ses analyses.


  • Produire tous documents utiles (plans, devis, rapports, correspondances, photos).


  • Demander à l’expert d’examiner des points particuliers (par exemple une pièce ou un désordre oublié).


7.2. Vos obligations 


  • Faciliter l’accès aux lieux, être présent ou représenté aux réunions.


  • Respecter les délais fixés par l’expert pour la remise des pièces et des dires.


  • Payer votre part de la consignation et, le cas échéant, les compléments d’honoraires.


7.3. Devoirs de l’expert judiciaire 


  • L’expert doit être indépendant et impartial : il ne doit pas avoir de lien de parenté, d’intérêt ou de conflit avec les parties.


  • Il doit refuser sa mission s’il estime ne pas avoir la compétence technique ou s’il existe un motif légitime (conflit d’intérêts).


  • Il doit conduire les opérations de manière contradictoire et respecter le principe du débat entre toutes les parties.


8. Coûts, délais et risques de l’expertise judiciaire 


8.1. Coût de l’expertise 


  • Varie selon la complexité du dossier, le nombre de réunions, les investigations nécessaires (sondages, études de sol, mesures).


  • La consignation initiale peut aller de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros.


  • Le juge du fond pourra, dans son jugement, mettre les frais d’expertise à la charge de la ou des parties considérées comme responsables (entreprise, promoteur, assureur, etc.).


8.2. Délais 


  • Entre la saisine en référé et l’ordonnance : quelques semaines à quelques mois selon l’encombrement du tribunal de Toulon.


  • Entre l’ordonnance et la première réunion d’expertise : en général 1 à 3 mois, le temps pour l’expert de recevoir la consignation et d’organiser les convocations.


  • Durée totale de l’expertise : de 6 mois à 18 mois, parfois plus pour les dossiers complexes (copropriétés importantes, sinistres structurels majeurs).


8.3. Risques à anticiper 


  • Coût important, surtout si aucune assurance ne prend en charge les frais.


  • Délai long avant d’obtenir une indemnisation définitive (il faudra ensuite engager une action au fond).


  • Issue incertaine : l’expert peut conclure à une absence de désordre décennal, à une faute d’entretien, ou à un partage de responsabilités.


9. Articulation avec les assurances construction 


9.1. Assurance dommages‑ouvrage 


  • Obligatoire pour le maître d’ouvrage en cas de construction neuve ou de travaux importants, elle garantit préfinancement des travaux relevant de la garantie décennale, sans attendre qu’un tribunal statue sur les responsabilités.


  • En cas de sinistre, l’assureur DO doit mandater un expert amiable, proposer une indemnisation ou refuser la garantie par écrit et motivé.


  • Si le désaccord persiste sur la prise en charge ou le montant, une expertise judiciaire peut être demandée pour trancher techniquement les points contestés.


9.2. Assurance responsabilité civile décennale des constructeurs 


  • Couvre la responsabilité décennale de l’entreprise ou du constructeur ; souvent mise en cause via l’action du maître d’ouvrage ou de l’assureur DO subrogé.


  • Les clauses limitant cette responsabilité ou excluant certains préjudices (comme les pertes d’exploitation) sont réputées non écrites lorsqu’elles contredisent le caractère d’ordre public des garanties légales.


9.3. Assurance multirisque habitation 


  • Peut intervenir pour certains dégâts matériels (dégât des eaux, tempête, incendie) mais pas pour les défauts de construction relevant des garanties légales.


  • L’expertise judiciaire peut être utile pour distinguer ce qui relève d’un sinistre « accidentel » de ce qui relève d’un défaut structurel de construction.


10. Recours contre l’expertise : contestation, complément, contre‑expertise 


10.1. Contestation du rapport d’expertise 


  • Vous pouvez critiquer le rapport :


    • dans vos conclusions devant le juge du fond, en expliquant pourquoi vous contestez telle analyse technique ou tel chiffrage ;


    • en produisant un rapport d’expert privé contradictoire.


  • Le juge n’est pas lié par l’avis de l’expert ; il peut l’écarter en tout ou partie s’il estime son analyse insuffisante ou contradictoire.


10.2. Demande de complément d’expertise


  • Si certains points n’ont pas été traités ou si de nouveaux désordres apparaissent, vous pouvez demander au juge un complément de mission pour le même expert, ou une nouvelle expertise.


10.3. Nullité de l’expertise 


  • En cas de violation du principe du contradictoire ou d’irrégularités graves (absence de convocation d’une partie, non‑respect de la mission, partialité avérée), vous pouvez demander au juge la nullité de l’expertise.


11. Difficultés fréquentes en expertise construction 


11.1. Expert perçu comme partial 


  • Si vous estimez que l’expert manque d’impartialité (liens avec une partie, comportement déséquilibré lors des réunions), vous pouvez :


    • le signaler dans vos dires ;

    • demander, en cas de motif sérieux, sa récusation ou son remplacement au juge.


11.2. Absence à une réunion d’expertise 


  • L’absence injustifiée peut vous priver d’une partie de vos droits de discussion ; l’expert poursuivra les opérations.


  • En cas d’empêchement, informez l’expert et demandez un report ou faites‑vous représenter (par votre avocat, un proche, un expert privé).


11.3. Entreprise défaillante ou en liquidation 


  • La jurisprudence admet une réception par lots ou par parties d’ouvrage, même si l’ouvrage n’est pas totalement achevé, ce qui peut permettre de faire courir les garanties et de mobiliser l’assurance décennale, y compris si une entreprise est en liquidation.


  • En cas de liquidation judiciaire, l’expert pourra néanmoins analyser les désordres imputables à l’entreprise et permettre de mettre en cause son assureur.


11.4. Immeuble en copropriété 


  • Les désordres peuvent affecter :


    • les parties communes (toiture, façades, structure) : l’action relève du syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic ;


    • les parties privatives (appartements) : actions individuelles des copropriétaires.


  • Une expertise judiciaire peut être demandée par le syndicat, par un copropriétaire, ou par les deux, avec un enjeu de coordination.


11.5. Sinistre en cours de chantier 


  • En cas de désordres graves pendant le chantier (effondrement partiel, glissement de terrain, infiltrations massives), une expertise judiciaire peut être sollicitée rapidement pour sécuriser la preuve avant toute reprise ou démolition.


12. Articulation avec l’action au fond devant le tribunal judiciaire 


12.1. Après le rapport d’expertise 


  • Le rapport sert de base pour :


    • engager une action au fond en responsabilité contre les constructeurs, le promoteur, le vendeur, le syndic, les assureurs ;


    • ou négocier un accord transactionnel fondé sur les conclusions techniques.


12.2. Procédure au fond 


  • Devant le tribunal judiciaire de Toulon, la procédure est en principe écrite et représentée par avocat.


  • Le juge de la mise en état gère l’instruction du dossier, dont l’utilisation du rapport d’expertise, et fixe le calendrier d’échanges de conclusions.


  • Le jugement statue sur :


    • l’existence des désordres et leur gravité (décennale ou non) ;

    • les responsabilités des différents intervenants ;

    • le montant des indemnisations (coût des travaux, préjudices de jouissance, frais annexes) ;

    • la répartition des frais d’expertise.


13. Quand faire appel à un avocat en expertise construction ? 


Il est fortement recommandé de consulter un avocat :


  • Avant de saisir le juge, pour :


    • analyser les délais (décennale, biennale, parfait achèvement, prescription quinquennale) ;

    • choisir le bon fondement juridique (garanties légales, responsabilité contractuelle, responsabilité délictuelle) ;

    • rédiger une assignation en référé solide, avec une mission d’expertise adaptée.


  • Pendant l’expertise, pour :


    • préparer les réunions d’expertise ;

    • rédiger des dires techniques et juridiques pertinents ;

    • réagir en cas de difficulté (expert perçu comme partial, absence d’une partie, etc.).


  • Après le rapport, pour :


    • évaluer les chances de succès d’une action au fond ;

    • négocier avec les entreprises et assureurs ;

    • engager la procédure devant le tribunal judiciaire de Toulon ou un autre tribunal du Var.


14. Tableau récapitulatif : situations, délais, démarches 

 Situation fréquente (Toulon / Var)

 Délai principal

 Base légale / régime

 Démarche recommandée

 Rôle de l’expertise judiciaire

 Fissures importantes sur maison neuve après réception

 10 ans à compter de la réception

 Garantie décennale – art. 1792 et 1792‑2 C. civ. 2

 Déclaration à la DO si existante, mise en demeure de l’entreprise, puis référé expertise devant TJ Toulon

 Constater les désordres, déterminer les causes, chiffrer les travaux, qualifier le caractère décennal

 Dysfonctionnement de chaudière ou climatisation

 2 ans à compter de la réception

 Garantie biennale – art. 1792‑3 C. civ.

 Mise en demeure de l’installateur, déclaration à l’assureur, référé expertise si contestation

 Vérifier la nature du désordre, l’imputabilité et le coût de remplacement / réparation

 Infiltrations en toiture ou façade en copropriété

 10 ans (si gravité) ou 5 ans (responsabilité de droit commun)

 Décennale ou responsabilité contractuelle / délictuelle

 Action du syndicat des copropriétaires, référé expertise, puis action au fond

 Identifier si désordre décennal, répartir les responsabilités (entreprises, syndic, copropriétaires)

 VEFA livrée avec non‑conformités et malfaçons

 1 an (parfait achèvement), 2 ans (biennale), 10 ans (décennale)

 Garanties légales + responsabilité du promoteur

 Réserves à la livraison, LRAR au promoteur, référé expertise si refus de reprise

 Lister les non‑conformités, chiffrer les reprises, apprécier la gravité des désordres

 Assainissement individuel défaillant

 10 ans (si impropriété à la destination)

 Décennale – art. 1792, 1792‑2, 1792‑5 C. civ.

 Mise en demeure de l’entreprise, déclaration à l’assureur, référé expertise

 Établir le lien entre défaut d’assainissement et impropriété, chiffrer la mise en conformité

 Sinistre en cours de chantier (effondrement partiel)

 Agir sans délai

 Responsabilité contractuelle + assurances chantier

 Référé expertise en urgence, mise en cause des intervenants et assureurs

 Geler la preuve, sécuriser le chantier, déterminer responsabilités et solutions

 Litige avec l’assureur dommages‑ouvrage sur l’indemnisation

 2 ans pour contester la décision de l’assureur (prescription assurance, hors docs)

 Code des assurances

 Réclamation écrite, puis référé expertise si désaccord sur la nature ou l’étendue du sinistre

 Apprécier la nature décennale du sinistre, chiffrer les travaux, éclairer le juge sur la garantie


15. FAQ – 10 questions pratiques sur l’expertise judiciaire en construction 


1. L’expertise judiciaire est‑elle obligatoire avant de saisir le tribunal pour être indemnisé ?


Non, mais en pratique elle est très souvent nécessaire en matière de construction, car le juge a besoin d’un éclairage technique pour trancher les responsabilités et évaluer les travaux de reprise.


2. Combien de temps dure une expertise judiciaire à Toulon ?


Selon la complexité du dossier, comptez généralement entre 6 et 18 mois entre la première réunion et le dépôt du rapport, parfois davantage pour les copropriétés importantes ou les sinistres structurels.


3. Qui paie l’expert judiciaire ?


Le demandeur avance les frais via la consignation. En fin de procédure au fond, le juge peut mettre ces frais à la charge de la ou des parties reconnues responsables (entreprise, promoteur, assureur…).


4. Puis‑je me faire assister à l’expertise ?


Oui, vous pouvez être assisté par un avocat et, si besoin, par un expert technique privé. C’est vivement conseillé dans les dossiers complexes ou fortement contestés.


5. Que se passe‑t‑il si je ne peux pas me rendre à une réunion d’expertise ?


Prévenez l’expert au plus tôt et demandez un report ou faites‑vous représenter. Si vous êtes absent sans motif, l’expertise se déroulera en votre absence, ce qui peut nuire à la défense de vos intérêts.


6. L’expert peut‑il décider qui est responsable et combien je dois être indemnisé ?


Non. L’expert donne un avis technique : description des désordres, causes, solutions, chiffrage. C’est le juge qui décide des responsabilités et du montant de l’indemnisation en s’appuyant, ou non, sur le rapport.


7. Une expertise amiable de mon assureur suffit‑elle ?


Pas toujours. Si vous contestez les conclusions de l’expert amiable ou si les autres parties ne y ont pas participé contradictoirement, une expertise judiciaire sera souvent nécessaire pour sécuriser vos droits.


8. L’expertise suspend‑elle les délais de prescription ?


La décision qui ordonne une mesure d’instruction avant tout procès peut suspendre la prescription (article 2239) pour la partie qui l’a demandée, mais ce mécanisme ne s’applique pas, à ce jour, aux délais de forclusion des garanties légales (décennale, biennale, parfait achèvement).


9. Puis‑je contester le rapport de l’expert judiciaire ?


Oui, vous pouvez le critiquer dans vos conclusions devant le juge, produire un rapport privé contradictoire et, en cas d’irrégularités graves, demander la nullité de l’expertise.


10. L’expertise judiciaire se déroule‑t‑elle différemment dans le Var par rapport à d’autres régions ?


Les règles juridiques sont nationales, mais les experts locaux sont familiers des spécificités techniques du Var (sécheresse, sols argileux, influence marine, constructions en restanques, etc.), ce qui peut influer sur l’analyse technique des désordres.


16. Application au cas des propriétaires du Var : comment agir concrètement ? 


Pour un particulier du Var confronté à des désordres de construction (maison individuelle, appartement en copropriété, VEFA), le chemin raisonnable est le suivant :


  • Vérifier sans délai les délais applicables : 1 an (parfait achèvement), 2 ans (biennale), 10 ans (décennale), 5 ans (responsabilité contractuelle ou délictuelle).


  • Mettre en demeure par écrit (LRAR) le constructeur, le promoteur ou le vendeur, et déclarer le sinistre à vos assurances (multirisque habitation, dommages‑ouvrage, assureur décennal si connu).


  • Si les réponses sont insuffisantes ou contestées, saisir, avec l’aide d’un avocat, le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulon pour obtenir la désignation d’un expert judiciaire, sur le fondement de l’article 145 du Code de procédure civile et des articles 1792 et suivants du Code civil.


  • Participer activement à l’expertise (réunions, dires, production de pièces), afin que le rapport reflète fidèlement la réalité des désordres et de leurs conséquences.


  • À la lumière du rapport, décider, avec votre avocat, de l’opportunité d’une action au fond pour obtenir la condamnation des responsables et l’indemnisation de l’ensemble de vos préjudices.


En respectant ces étapes, en surveillant les délais légaux et en vous appuyant sur une expertise judiciaire bien conduite, vous maximisez vos chances d’obtenir une réparation complète de vos désordres de construction dans le cadre du droit français applicable au 16/08/2026.


Si vous souhaitez approfondir certains points spécifiques comme la stratégie de saisine en référé à Toulon, la gestion d’un sinistre en copropriété, la contestation d’un rapport d’expert perçu comme partial ou l’articulation entre garanties légales et assurances, une analyse ciblée de votre dossier permettra d’adapter précisément la démarche à votre situation, à vos délais restants et aux intervenants concernés dans le Var.



Pour en savoir plus


Pour compléter le Guide de l’expertise judiciaire immobilière et construction, vous pouvez consulter les ressources du Cabinet consacrées aux litiges de construction, aux malfaçons et aux différentes procédures permettant de faire constater les désordres et d’obtenir leur réparation :


Vous êtes confronté à un litige immobilier ou de construction nécessitant une expertise judiciaire à Toulon ou dans le Var ? Le Cabinet GARA-ROMEO vous accompagne dès la demande d’expertise, pendant les opérations expertales et, si nécessaire, dans la procédure permettant d’obtenir la réparation ou l’indemnisation de vos préjudices.


Pour en savoir plus


L’expertise sert à préparer les preuves d’un litige et les demandes qui pourront suivre. Pour approfondir les garanties, les désordres et le financement de la procédure, consultez :



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