Dépôt de garantie non restitué : quels recours pour le locataire ?
À la fin d’un bail d’habitation, le locataire espère récupérer rapidement son dépôt de garantie, souvent l’équivalent d’un mois de loyer (hors charges) et parfois davantage pour les meublés.
Pourtant, de nombreux locataires se heurtent à des retards importants, à des retenues jugées abusives, voire à un silence total du bailleur.
Ce type de litige est très fréquent, y compris à Toulon et plus largement dans le Var, où la rotation locative est importante (étudiants, militaires, locations saisonnières transformées en baux classiques, etc.).
L’objectif de cet article est d’expliquer, en termes simples mais juridiquement exacts, dans quels délais le dépôt de garantie doit être restitué, ce que le bailleur peut retenir, comment il doit le justifier, quelles pénalités encourues en cas de retard et quels recours concrets s’offrent au locataire.

1. Le dépôt de garantie : à quoi sert-il et quand doit-il être restitué ?
1.1. Rôle du dépôt de garantie
Le dépôt de garantie est une somme versée par le locataire au moment de la signature du bail, destinée à garantir l’exécution de ses obligations : paiement des loyers et charges, réalisation des réparations locatives et remise en état en fin de bail.
Il ne constitue pas une avance sur loyers : le locataire doit continuer de payer jusqu’au terme du bail et ne peut pas décider unilatéralement de « compenser » le dernier mois de loyer avec le dépôt de garantie.
1.2. Délais légaux de restitution
En matière de baux d’habitation, le délai de restitution dépend de l’état des lieux de sortie :
1 mois à compter de la remise des clés si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée (aucune dégradation autre que l’usure normale) ;
2 mois maximum à compter de la remise des clés si l’état des lieux de sortie révèle des différences avec l’état d’entrée (dégradations, manquements à l’entretien, etc.) justifiant des retenues.
Le point de départ du délai est la remise des clés, qui doit être prouvée (remise en main propre contre reçu, dépôt chez l’agence, remise au commissaire de justice, etc.).
2. Ce que le bailleur peut (et ne peut pas) retenir sur le dépôt
2.1. Retenues légitimes : loyers, charges, réparations locatives
Le bailleur peut pratiquer des retenues sur le dépôt de garantie, mais uniquement pour :
des loyers impayés et charges locatives dues au jour de la fin du bail ;
des réparations locatives ou remises en état imputables au locataire (dégradations, manques d’entretien, détériorations volontaires ou par négligence) ;
la régularisation des charges, lorsque le décompte définitif n’est pas encore disponible : dans ce cas, il peut conserver une provision raisonnable en attendant la régularisation, puis restituer le solde ou réclamer un complément.
Les réparations locatives correspondent à l’entretien courant du logement et des équipements, ainsi qu’aux menues réparations (ex : joints de salle de bain, entretien des sols, petits travaux d’électricité comme le remplacement d’ampoules, etc.).
2.2. Limites : vétusté, vice de construction, force majeure
Le locataire n’est pas responsable et ne peut pas être facturé pour :
les dégradations dues à la vétusté normale du logement (usure du temps) ;
les dommages résultant d’une malfaçon ou d’un vice de construction (par exemple, fissures structurelles, infiltrations dues à la toiture) ;
les dommages causés par un cas fortuit ou une force majeure (dégâts des eaux provenant d’un autre appartement, sinistre collectif dans l’immeuble, etc.).
La Cour de cassation rappelle que le locataire est présumé responsable des dégradations et pertes survenues pendant le bail, mais qu’il peut s’exonérer en prouvant la force majeure, la faute du bailleur ou le fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit dans le logement.
2.3. Interdiction des retenues forfaitaires et non justifiées
Le bailleur ne peut pas pratiquer des retenues forfaitaires sans justification précise :
il doit chiffrer les sommes retenues ;
et les justifier par des devis, factures, ou, à tout le moins, des évaluations sérieuses des travaux à réaliser.
Une mention vague du type « remise en état peinture : 500 € » sans devis ni facture sera très contestable, surtout si l’état des lieux d’entrée mentionnait déjà un état moyen ou des peintures anciennes.
3. Justificatifs que le bailleur doit fournir et pénalités de retard
3.1. Obligation de fournir des justificatifs
Lorsqu’il procède à des retenues, le bailleur doit fournir au locataire :
un détail précis des sommes retenues (nature des travaux, loyers impayés, charges) ;
les pièces justificatives : devis, factures, relevés de charges, courrier du syndic, etc.
À défaut, le locataire peut contester les retenues, demander la restitution de la partie non justifiée du dépôt de garantie, voire des dommages-intérêts pour résistance abusive.
3.2. Pénalités en cas de retard de restitution
Si le bailleur ne restitue pas le dépôt de garantie dans les délais légaux (1 ou 2 mois selon le cas), il s’expose à des pénalités de retard.
Le régime légal prévoit, en principe, une majoration du montant restant dû, calculée par mois de retard (en pratique, une fraction du loyer mensuel en fonction de l’indice de référence des loyers).
En outre, le locataire pourra demander au juge :
des intérêts de retard ;
voire des dommages-intérêts complémentaires si le retard lui a causé un préjudice particulier (difficultés financières, impossibilité de payer un nouveau dépôt de garantie, etc.).
4. Démarches amiables : comment relancer le bailleur ?
4.1. Premier contact et relance simple
À l’issue du délai légal (1 ou 2 mois après la remise des clés), si le dépôt de garantie n’est pas restitué, le locataire doit commencer par une relance amiable :
par mail ou courrier simple, rappelant :
la date de fin du bail ;
la date de remise des clés ;
le délai légal applicable ;
l’absence de restitution ou l’insuffisance de celle-ci.
Cette étape est souvent suffisante pour débloquer la situation, surtout si le bailleur est un particulier peu au fait des délais légaux.
4.2. Mise en demeure par lettre recommandée avec AR
En cas d’absence de réponse ou de refus injustifié, il faut envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception :
rappeler les textes applicables (délais de restitution, obligation de justification des retenues) ;
exposer les faits (montant du dépôt, état des lieux, retenues pratiquées ou absence de restitution) ;
mettre en demeure le bailleur de restituer la somme due dans un délai précis (par exemple 8 ou 15 jours) ;
annoncer qu’à défaut, une action en justice sera engagée (injonction de payer ou assignation).
La mise en demeure permet de cristalliser le litige et servira de pièce importante devant le juge.
4.3. Conciliation et modes amiables
Avant de saisir le tribunal, il est possible – et parfois recommandé – de recourir à un mode amiable de résolution des différends :
Commission départementale de conciliation (CDC) pour les litiges locatifs :
saisine par lettre recommandée avec AR ;
examen du différend (restitution du dépôt, retenues contestées) ;
tentative de conciliation et rédaction d’un avis ou d’un accord.
Médiation ou conciliation conventionnelle :
possibilité de passer par un médiateur ou un conciliateur de justice pour trouver un accord ;
ces démarches sont encouragées par les textes, qui imposent parfois un préalable amiable avant l’action en justice.
Le recours à ces modes amiables est particulièrement pertinent dans des contextes locaux comme Toulon ou le Var, où les acteurs (bailleurs, agences, locataires) peuvent préférer un règlement rapide et discret plutôt qu’un contentieux long.
5. Recours judiciaires en cas de refus persistant ou de silence du bailleur
5.1. Injonction de payer : une procédure simple et peu coûteuse
Si le bailleur persiste à ne pas restituer le dépôt de garantie, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire (juge des contentieux de la protection) du lieu de situation du logement, par :
une requête en injonction de payer :
procédure écrite et simplifiée ;
dépôt d’un dossier (formulaire, copie du bail, état des lieux, preuve de la remise des clés, courriers, calcul des sommes dues) ;
le juge peut rendre une ordonnance d’injonction de payer que le bailleur peut contester dans un certain délai.
Cette voie est adaptée lorsque le litige porte principalement sur une somme d’argent (dépôt de garantie partiellement ou totalement non restitué).
5.2. Assignation au fond devant le tribunal judiciaire
Si la situation est plus complexe (contestations multiples, désaccord sur l’état des lieux, retenues importantes, demandes de dommages-intérêts), il peut être préférable d’assigner le bailleur au fond :
le juge examinera l’ensemble du litige (validité des retenues, montant à restituer, éventuels préjudices) ;
il pourra condamner le bailleur à :
restituer tout ou partie du dépôt de garantie ;
payer des intérêts de retard ;
verser des dommages-intérêts en cas de mauvaise foi ou de résistance abusive ;
éventuellement prendre en charge les frais de procédure (article 700 du code de procédure civile).
5.3. Rôle de l’avocat et accompagnement du locataire
Même si certaines procédures (injonction de payer) peuvent être engagées sans avocat, l’assistance d’un professionnel du droit permet de :
analyser la situation (validité des retenues, interprétation de l’état des lieux, preuves disponibles) ;
rédiger une mise en demeure efficace et juridiquement fondée ;
choisir la bonne stratégie (amiable, injonction de payer, assignation) ;
chiffrer précisément les sommes dues et les éventuels dommages-intérêts.
À Toulon et dans le Var, un cabinet pratiquant régulièrement le contentieux locatif pourra également tenir compte des pratiques locales des bailleurs, des agences et des juridictions, ce qui est un atout non négligeable.
6. Les preuves à conserver pour défendre ses droits
6.1. Le bail et les justificatifs de paiement
Le locataire doit conserver :
une copie du bail (avec mention du montant du dépôt de garantie) ;
les quittances de loyer ou preuves de paiement (relevés bancaires, reçus) ;
la preuve du versement du dépôt de garantie (virement, chèque encaissé, reçu).
Ces pièces permettront de démontrer :
l’existence et le montant du dépôt ;
l’absence de loyers impayés ou de dettes de charges.
6.2. L’état des lieux d’entrée et de sortie
Les états des lieux sont essentiels pour déterminer si des dégradations imputables au locataire justifient des retenues :
si l’état des lieux de sortie est identique à celui d’entrée, il sera difficile pour le bailleur de justifier des retenues importantes ;
si des différences existent, il faudra analyser s’il s’agit de vétusté normale ou de dégradations réelles (peintures très abîmées, trous, casse, etc.).
En l’absence d’état des lieux, la loi établit en principe une présomption selon laquelle le locataire a reçu le logement en bon état, mais le bailleur peut renverser cette présomption par d’autres preuves (témoignages, constats, etc.).
6.3. Courriers, mails et échanges avec le bailleur
Il est important de garder :
tous les courriers (simples et recommandés) adressés au bailleur ;
les réponses du bailleur (ou leur absence, démontrée par les accusés de réception non suivis de réponse) ;
les échanges de mails ou de SMS, en particulier ceux où le bailleur reconnaît devoir restituer le dépôt ou justifie ses retenues.
Ces éléments permettront de démontrer :
que le locataire a réclamé la restitution ;
que le bailleur a éventuellement reconnu sa dette ou a opposé des arguments contestables ;
la mauvaise foi éventuelle du bailleur en cas de refus injustifié.
6.4. Autres pièces utiles
Selon les cas, d’autres preuves peuvent être utiles :
photos des lieux à la sortie, pour contester des dégradations invoquées par le bailleur ;
devis ou factures de remise en état pris en charge par le locataire lui-même ;
attestations de voisins, de l’agent immobilier ou du commissaire de justice ayant participé à l’état des lieux.
La jurisprudence montre que des documents établis par un commissaire de justice (par exemple un procès-verbal d’expulsion ou de constat) peuvent être retenus comme preuve des dégradations ou de l’état des lieux, à condition d’être soumis à la libre discussion des parties.
Conclusion – Ne pas laisser un dépôt de garantie non restitué sans réaction
Le dépôt de garantie n’est pas une somme laissée à la libre appréciation du bailleur : des délais stricts de restitution s’appliquent, les retenues doivent être justifiées et limitées aux sommes réellement dues, et des pénalités de retard peuvent être réclamées en cas de restitution tardive.
Pour un locataire, la bonne stratégie consiste à :
vérifier les délais et le contenu de l’état des lieux ;
exiger des justificatifs précis pour toute retenue ;
adresser une mise en demeure en bonne et due forme si le bailleur tarde ou refuse de restituer ;
puis, en cas d’échec, recourir à une procédure d’injonction de payer ou à une assignation devant le tribunal judiciaire.
Si vous êtes confronté à un dépôt de garantie non restitué, il est fortement recommandé de prendre conseil auprès du cabinet de Maître Sofian GARA-ROMEO à Toulon, afin de :
vérifier le bien-fondé des retenues pratiquées par votre bailleur ;
rédiger une mise en demeure claire, précise et juridiquement argumentée ;
et, si nécessaire, engager une action en justice pour obtenir la restitution des sommes qui vous sont dues, majorées le cas échéant des pénalités et dommages-intérêts appropriés.
FAQ pratique – Dépôt de garantie non restitué
1. Mon bail est terminé depuis plus de deux mois et je n’ai toujours rien reçu : que faire ?
Commencez par vérifier :
la date exacte de remise des clés (point de départ du délai) ;
si l’état des lieux de sortie est conforme ou non à celui d’entrée.
Si le délai légal (1 ou 2 mois) est dépassé, adressez une mise en demeure en recommandé avec AR au bailleur en exigeant la restitution du dépôt majoré des pénalités de retard, puis envisagez une injonction de payer si vous n’obtenez pas de réponse.
2. Le bailleur retient une grosse somme pour « peinture et ménage » sans fournir de facture : est-ce légal ?
Non, le bailleur doit justifier précisément les sommes retenues, en produisant des devis ou factures.
En outre, il ne peut pas vous faire supporter la vétusté normale du logement (peintures qui ont vieilli, parquet usé par le temps).
Vous pouvez contester ces retenues, demander la restitution du surplus et, le cas échéant, saisir le juge.
3. Puis-je ne pas payer le dernier mois de loyer en me disant que le propriétaire gardera le dépôt de garantie ?
C’est une mauvaise idée juridiquement : le dépôt de garantie n’est pas destiné à servir de paiement du dernier loyer et le bailleur pourrait vous poursuivre pour loyers impayés.
Il vaut mieux :
payer normalement jusqu’à la fin du bail ;
puis réclamer la restitution intégrale du dépôt de garantie dans les délais légaux.
4. Le bailleur prétend qu’il y a des dégradations, mais l’état des lieux de sortie ne les mentionne pas. Qui a raison ?
En principe, ce sont les états des lieux qui font foi :
si l’état des lieux de sortie ne mentionne pas les dégradations invoquées, le bailleur aura beaucoup de mal à les prouver ;
il ne peut pas se fonder sur de simples affirmations sans éléments concrets (constat, photos, attestations).
Vous pouvez contester les retenues et, si besoin, saisir le juge pour obtenir la restitution du dépôt.
5. Je suis dans le Var, mon bailleur est une grande agence immobilière : ai-je les mêmes droits qu’avec un bailleur particulier ?
Oui, les règles légales sont les mêmes, que le bailleur soit un particulier, une agence, un bailleur social ou une société.
La différence, à Toulon ou ailleurs dans le Var, tient surtout aux pratiques : certaines agences appliquent strictement la loi, d’autres retiennent plus facilement des sommes discutables. Dans tous les cas, vous pouvez exiger des justificatifs et, en cas de litige, saisir la commission départementale de conciliation ou le tribunal judiciaire.
6. Combien de temps ai-je pour agir si mon dépôt de garantie n’est pas restitué ?
L’action en restitution du dépôt de garantie se prescrit en principe par plusieurs années (délai de prescription de droit commun des actions personnelles).
Il est toutefois fortement conseillé d’agir rapidement, dès l’expiration du délai de restitution, pour :
conserver des preuves fraîches (échanges récents, état des lieux, etc.) ;
éviter que la situation ne se complique (changement d’adresse du bailleur, fermeture d’agence…).
Un avocat pourra vérifier la prescription applicable à votre situation précise et vous indiquer la meilleure stratégie.
7. Dois-je prendre un avocat pour récupérer mon dépôt de garantie ?
Ce n’est pas obligatoire pour toutes les procédures (par exemple, l’injonction de payer peut être engagée sans avocat), mais c’est souvent fortement recommandé :
pour analyser la légalité des retenues ;
pour rédiger une mise en demeure efficace ;
pour choisir la procédure la plus adaptée (amiable, injonction, assignation) ;
pour chiffrer précisément les sommes à réclamer (dépôt, pénalités, intérêts, dommages-intérêts).
Le cabinet de Maître Sofian GARA-ROMEO à Toulon peut vous assister à chaque étape, que vous soyez locataire dans la ville même ou ailleurs dans le Var.
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